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Des rois et des hommes — la monarchie en France au XXIᵉ siècle

il y a 7 jours
5 min de lecture


Une série en cinq épisodes pour sortir un instant de l’actualité et poser une question que la France a rangée au grenier : et si l’idée monarchique avait encore quelque chose à nous dire ?


Épisode 5 — Et la France ?

Imaginons un soir de crise, dans une France qui n’existe pas encore. Le gouvernement vient d’être renversé. L’Assemblée est divisée en blocs irréconciliables, les marchés s’inquiètent, les chaînes d’information tournent en boucle.

Mais ce soir-là, personne ne se demande qui va « sauver » le pays. Le Roi reçoit, l’un après l’autre, les chefs des groupes parlementaires. Il écoute, il interroge, il cherche la majorité possible. Puis il s’adresse brièvement aux Français. Il ne leur dit pas ce qu’il faut penser. Il leur dit que les institutions fonctionnent, que le pays tient, et qu’un nouveau gouvernement sera nommé dans le respect du vote des Français. Le lendemain matin, la France se lève et va travailler.

Ce n’est pas un rêve. C’est ce qui se passe, nous l’avons vu, à Londres, à Bruxelles, à Madrid. Et c’est ce que la France pourrait connaître, si elle osait achever ce que la Ve République a commencé sans jamais le réussir.

Ce que le Président devait être

Revenons une dernière fois à notre Constitution de 1958. Elle confie au Président de la République une mission magnifique : veiller au respect de la Constitution et assurer, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État.

Relisez ces mots. Veiller. Arbitrer. Assurer la continuité. Rien, là-dedans, ne parle de gouverner, de réformer, de mener une majorité. Le texte décrit un gardien. La pratique en a fait un chef de camp.

Au fond, tout ce que j’ai écrit dans cette série tient en une phrase : ce que le Président est censé être et qu’il n’est jamais, le Roi le serait.


La clé de voûte

Les bâtisseurs de cathédrales connaissaient bien cette pierre singulière, posée en dernier au sommet de l’arc : la clé de voûte. Elle ne porte pas la charge à elle seule. Ce sont les piliers qui soutiennent l’édifice. Mais retirez-la, et tout s’effondre.

C’est la place que j’imagine pour le Roi dans les institutions françaises. Le gouvernement gouverne. Le Parlement légifère et contrôle. Les juges jugent. Chacun de ces pouvoirs est un pilier, avec sa légitimité et son domaine. Le Roi, lui, ne se substitue à aucun. Il veille à ce que chacun reste à sa place, et à ce que l’ensemble tienne. Quels que soient les majorités, les gouvernements, les crises, il est le point fixe autour duquel l’édifice s’ordonne.


Une voix, pas un veto

Dans le premier épisode, j’évoquais un Conseil Royal réunissant les fonctions aujourd’hui dispersées entre le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État et la Cour de cassation, présidé par le Roi. Il faut préciser ce point, car il est décisif.

Le Roi préside ce Conseil, mais il ne juge pas. Il rend des avis. Les décisions appartiennent aux juges, comme les lois appartiennent au Parlement. Ce que le Roi apporte, c’est une parole : publique, rare, pesée, qui rappelle chacun à son rôle quand l’équilibre se rompt.

C’est là, je crois, la réponse aux impasses que nous avons rencontrées chez nos voisins. Quand le roi Baudouin a refusé de signer une loi, ou quand le grand-duc de Luxembourg a annoncé qu’il ne la sanctionnerait pas, ils étaient pris au piège d’un rôle ambigu : on leur demandait d’approuver le fond des lois, et leur conscience s’y refusait. Le Roi que je propose n’a pas à approuver le contenu des décisions. Il n’a pas de veto à brandir, donc pas de crise à provoquer. Il veille au respect des règles du jeu, pas au résultat du match. Et quand il a quelque chose à dire, il le dit, devant tous. C’est une autorité morale, pas un pouvoir de blocage.


Au-dessus, mais pas au loin

On imagine parfois un roi constitutionnel comme un homme lointain, enfermé dans un palais, sorti pour les cérémonies. Ce n’est pas ce dont la France a besoin.

Les Français ont besoin de quelqu’un qui transcende la politique, mais qui soit visible et présent. Présent dans les épreuves, comme le roi Harald auprès des familles d’Utøya. Présent sur tout le territoire, dans les villes moyennes oubliées comme dans les outre-mer, là où l’État n’est souvent qu’un guichet. Présent auprès des soldats, des soignants, des maires, de tous ceux qui servent sans faire la une. Présent enfin à l’étranger, où il porterait la voix de la France sur le temps long, quand les gouvernements, eux, changent au gré des élections.

Le gouvernement serait la main qui agit. Le Roi serait le visage qui rassemble.


Les objections

Je ne prétends pas avoir répondu à tout. Trois objections au moins méritent d’être nommées.

La première : c’est un rêve passéiste. L’épisode précédent y a répondu. Plusieurs des démocraties les plus solides du monde vivent avec une couronne, et aucune ne songe à revenir en arrière. La monarchie parlementaire n’est pas une nostalgie, c’est une forme moderne de démocratie.

La deuxième : qui ? La question de la maison appelée à régner est réelle, et mon projet de Constitution y apporte une réponse. Mais elle vient après la question de fond, qui est celle de la fonction. On ne choisit pas un arbitre avant d’avoir décidé qu’il en faut un.

La troisième, la plus importante : le consentement. Rien de tout cela n’aurait de sens si c’était imposé. Une monarchie ne se décrète pas, elle se choisit, puis elle se mérite chaque jour, par l’exemplarité et la retenue. Si les Français devaient un jour rappeler un roi, ce ne pourrait être que par leur propre volonté, clairement exprimée. Une Couronne qui ne serait pas voulue ne serait qu’un costume.


Le juste, sans être partie au conflit

Au début de cette série, je posais une question : qui, dans une nation, peut dire le juste sans être partie au conflit ?

Nous avons croisé Saint Louis sous son chêne et la main de justice. L’effigie de François Ier servie à table, parce que le Roi ne meurt pas. Jeanne d’Arc conduisant son « gentil dauphin » jusqu’à Reims. Un vieux roi norvégien tenant son pays debout dans le deuil. Et une constellation de monarchies européennes, avec, au centre, une France qui cherche toujours son point fixe.

Ma réponse, vous l’avez compris, est celle-ci : un homme qui n’a été élu par personne, et qui pour cette raison appartient à tous. Qui ne gouverne pas, et que nul ne peut donc accuser de gouverner contre lui. Qui ne passe pas, quand tout passe.


Vous n’êtes pas obligés d’être d’accord. Mais si cette série vous a donné envie de regarder la question autrement, alors elle a rempli son office. Le débat est ouvert, et vos commentaires, surtout les plus critiques, sont les bienvenus.



Des rois et des hommes :

Épisode 4 — Le regard européen

Épisode 5 — Et la France ? (vous y êtes)


Pour aller plus loin : le texte complet de mon projet de Constitution pour une monarchie parlementaire, ROYAUME DE FRANCE ✦ Projet de Constitution d'une Monarchie parlementaire


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