top of page

Personne n'est assez sage pour dire le vrai et surtout pas l'État

21 août
11 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 août



L'Opinion publie ce vendredi le dernier volet d'une série comparant les républicains de Donald Trump et Les Républicains de Bruno Retailleau. Le constat mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il est à l'honneur de la droite française : là où le camp Trump menace les licences de diffusion et poursuit le New York Times, la droite française signe des pétitions contre les projets de labellisation, combat les lois de censure numérique et défend le pluralisme. Deux droites, deux rapports à la liberté d'expression. Et pendant ce temps, la gauche française poursuit méthodiquement, texte après texte, la même entreprise : confier à une autorité le pouvoir de dire ce qui est vrai. Il est temps de nommer cette bataille pour ce qu'elle est et de proposer autre chose que la défensive.



I — Deux droites face à la presse : disons d'abord ce qui nous honore

Commençons par le contraste que dresse L'Opinion, parce qu'il est instructif.

Outre-Atlantique, le Parti républicain a changé de nature. Historiquement avocat du Premier amendement, il a basculé avec Donald Trump dans une hostilité ouverte aux médias. La porte-parole de la Maison-Blanche Karoline Leavitt attaque frontalement les journalistes de la presse traditionnelle, leur reprochant de fabriquer des récits au service d'un agenda politique. Depuis 2025, le nouveau président de la FCC — l'Arcom américaine — a ouvert des enquêtes sur le financement de certaines chaînes et menacé de leur retirer leurs licences de diffusion. Des poursuites ont été lancées contre plusieurs titres, dont le New York Times.

Et il faut le dire nettement, parce que c'est la condition pour être crédible dans la suite : ce que fait Trump aux médias américains est indéfendable. Menacer une licence de diffusion parce qu'une ligne éditoriale déplaît, c'est exactement ce que je reproche à la gauche française. Le principe ne change pas de nature selon celui qui le viole. Un libéral qui ne dénoncerait la censure que lorsqu'elle vient d'en face ne serait pas un libéral il serait un partisan.

La droite française, elle, n'a pas emprunté ce chemin. Et son dossier est solide, documenté, vérifiable. Elle a combattu en 2018 les propositions de loi LREM créant une procédure de référé permettant de faire cesser en quarante-huit heures la diffusion de fausses informations avant un scrutin en soulignant l'impossibilité de définir juridiquement une « fausse information ». Elle s'est opposée en 2020 à la loi Avia sur les contenus haineux en ligne. Elle a lancé en 2025 une pétition contre le projet de label certifiant la fiabilité des sites d'information, dénonçant une offensive contre les médias qui déplaisent, selon les mots de Bruno Retailleau, à la doxa progressiste. Le projet a été abandonné.

Et la formule qui résume sa position mérite d'être citée intégralement : « Le véritable antidote au poison de la désinformation, c'est la liberté », qui confronte les points de vue et enrichit le débat.

Voilà une droite qui n'a pas besoin de rougir. Reste à savoir si elle aura le courage d'aller au bout de sa logique.



II — Le dossier de la gauche : trois tentatives, une seule logique

Car pendant que la droite défendait le pluralisme, la gauche et le centre progressiste ont multiplié les tentatives de contrôle. Trois épisodes, et il faut les prendre ensemble pour voir le fil.

2018, le référé anti-fake news. L'idée : permettre à un juge d'ordonner en quarante-huit heures l'arrêt de la diffusion d'une information jugée fausse en période électorale. Une députée LR posa alors la seule question qui vaille : comment définit-on juridiquement une fausse information ? Personne n'a jamais répondu. Et pour cause : il n'existe pas de définition juridique du vrai.

2020, la loi Avia. Elle imposait aux plateformes de retirer sous vingt-quatre heures les contenus haineux signalés, sous peine de sanctions lourdes. Le mécanisme était évident : face au risque, les plateformes retirent tout, y compris le licite. C'est le sur-blocage, la censure privatisée par la menace publique. Le Conseil constitutionnel a censuré le cœur du texte en juin 2020, pour atteinte disproportionnée à la liberté d'expression.

Ce point mérite d'être souligné, parce qu'il clôt le débat : ce ne sont pas des polémistes de droite qui ont qualifié la loi Avia d'atteinte à la liberté d'expression. Ce sont les Sages, dans une décision motivée. Quand on vous expliquera que dénoncer la censure de gauche relève du fantasme, vous aurez cette réponse.

2025, la labellisation des sites d'information. Un label public certifiant la fiabilité. Sur le papier, tout est vertueux. Dans les faits : une autorité décide qui est fiable et qui ne l'est pas, et le label devient rapidement une condition d'accès aux annonceurs, aux référencements, aux financements. Le projet a été abandonné sous la pression, mais l'intention reste.

Trois textes, trois habillages différents, une seule et même logique : instituer une autorité de la vérité. Et c'est là que le désaccord n'est pas technique mais philosophique.



III — Ce que les libéraux savent depuis cent soixante ans

Le fondement de mon opposition n'est pas une préférence politique. Il tient en une phrase, formulée par John Stuart Mill en 1859 dans De la liberté, et jamais réfutée depuis.

Réduire une opinion au silence est un vol commis envers l'humanité entière. Si l'opinion est juste, on prive les hommes de la possibilité de corriger une erreur. Si elle est fausse, on les prive de quelque chose de presque aussi précieux : la confrontation qui aurait ravivé et clarifié la vérité. Une vérité que l'on n'a plus le droit de contester cesse d'être une vérité vivante pour devenir un dogme mort, répété sans être compris.

Tocqueville, quelques années plus tôt, avait vu la conséquence pratique : dans une démocratie, le remède aux excès de la presse, c'est plus de presse, jamais moins. Il redoutait par-dessus tout ce qu'il appelait la tyrannie de la majorité non pas la contrainte physique, mais l'uniformisation douce de l'opinion, où personne n'interdit rien mais où plus personne n'ose penser autrement. On lira cela aujourd'hui en songeant à certaines rédactions.

Hayek, enfin, apporte l'argument décisif contre toute autorité de la vérité. Le savoir n'est jamais concentré dans une tête ni dans une institution : il est dispersé, fragmentaire, réparti entre des millions d'individus. Aucun régulateur, aucun comité, aucune commission ne peut savoir mieux que la confrontation des points de vue. Prétendre labelliser la vérité, c'est le même orgueil que prétendre fixer les prix depuis un bureau.

Voilà pourquoi je ne demande pas un régulateur de droite à la place d'un régulateur de gauche. Je demande qu'on cesse d'attendre d'un régulateur qu'il dise le vrai. Ce n'est pas son métier. Ce n'est le métier de personne.



IV — La rareté a disparu, la régulation doit disparaître avec elle

Passons aux propositions, car la critique sans solution n'est que du commentaire.

La loi Léotard du 30 septembre 1986 repose tout entière sur un présupposé technique : le spectre hertzien est rare. Il n'y a que quelques fréquences disponibles, donc l'État doit arbitrer entre les candidats, et cet arbitrage justifie des contreparties : obligations de pluralisme, quotas, contrôle des concentrations, surveillance des lignes éditoriales.

Ce raisonnement était valable en 1986, quand la France comptait six chaînes de télévision. Il est devenu absurde. Aujourd'hui, n'importe qui peut créer une chaîne sur YouTube, lancer un podcast, diffuser en streaming, sans demander d'autorisation à quiconque. Les Français regardent Netflix, écoutent des podcasts, s'informent sur des sites créés hier. La rareté a disparu mais la régulation qu'elle justifiait, elle, est restée. Nous vivons sous un régime dont la raison d'être s'est évaporée.

Je propose donc, comme je l'écrivais déjà dans mon programme de politique culturelle, l'abrogation de la loi de 1986 pour tout ce qui touche aux médias privés :

  • Fin du contrôle administratif des lignes éditoriales. Un média privé n'a de comptes à rendre qu'à ses lecteurs, ses auditeurs, ses téléspectateurs — qui sont libres de partir. C'est la seule sanction légitime, et elle est autrement plus efficace qu'une mise en demeure.

  • Libéralisation des règles de concentration, qui relèvent désormais du droit commun de la concurrence, comme dans n'importe quel autre secteur. Nos groupes français sont aujourd'hui empêchés d'atteindre la taille critique face aux géants américains, au nom de règles pensées quand la télévision était nationale.

  • Concessions audiovisuelles portées à vingt ans, pour donner la visibilité qu'exigent les investissements de long terme.

  • Suppression des quotas de diffusion et des obligations de financement imposées par la contrainte réglementaire.

Et l'Arcom ? Elle est recentrée sur ce qui reste techniquement nécessaire : l'attribution des fréquences résiduelles et la protection des mineurs. Elle perd toute compétence sur le pluralisme des courants de pensée, sur les temps de parole, sur les lignes éditoriales. Le pluralisme n'est pas un tableau Excel qu'une autorité administrative vérifie chaque trimestre. C'est le résultat spontané d'un marché libre où chacun trouve la voix qui lui parle.



V — L'audiovisuel public : privatiser massivement, et n'en garder que le nécessaire

Reste la question qui fâche, et sur laquelle je veux être clair, parce que c'est là qu'on m'attendra.

Je ne demande pas qu'on discipline France Inter. Je ne demande pas qu'on impose un code de bonne conduite aux journalistes du service public sous peine de licenciement. Ce serait, au fond, la même erreur que celle que je reproche à la gauche : croire qu'une autorité peut régler par la contrainte ce qui relève de la liberté.

Je demande autre chose, de plus simple et de plus radical : que l'État cesse de posséder ce qu'il n'a aucune raison de posséder.

Le principe est celui de la subsidiarité, que j'applique à tous les domaines sur ce blog. L'État ne doit détenir un média que là où le marché ne fournit rien. Or que fournit le marché ? Du divertissement généraliste en abondance. De la radio généraliste en abondance. De l'information en continu en abondance. Il n'existe aucune raison sérieuse pour que le contribuable finance la quinzième offre de divertissement du pays.

Ajoutons un fait que peu de gens ont en tête : depuis la suppression de la redevance en 2022, l'audiovisuel public est financé par une fraction de TVA. C'est-à-dire par tous les Français, y compris ceux qui ne le regardent ni ne l'écoutent jamais, et sans le moindre lien avec l'usage. Le dernier fil contractuel entre le payeur et le service a été coupé. C'est un prélèvement obligatoire pur, affecté à une offre concurrentielle. Cela ne se justifie plus.

Ma proposition, telle que je l'ai détaillée dans mon article sur la politique d'offre culturelle :

Fusionner France Télévisions, Radio France, l'INA, LCP, France Médias Monde et France Sport dans un ensemble unique, France Média, mettant fin aux doublons éditoriaux et administratifs.

Privatiser France 2 et France Inter. Ces deux médias généralistes s'adressent au grand public sans mission de service public irréductible. Ils ont des marques puissantes, des audiences solides, des équipes talentueuses. Ils prospéreront très bien dans un marché concurrentiel — et cesseront de le fausser avec l'argent du contribuable.

Ne conserver que des chaînes et des radios thématiques et ciblées, correspondant à des missions que le marché ne remplit pas :

  • une chaîne d'information nationale et internationale, née de la fusion de RFI, France Info et France 24, portant la voix de la France dans le monde ;

  • une chaîne des arts et du patrimoine, avec France Culture comme radio éponyme ;

  • une chaîne d'histoire et une chaîne de documentaires ;

  • France Média Mémoire, issue de l'INA, avec une chaîne dédiée sur la TNT ;

  • France Média Parlement, issue de la fusion LCP–Public Sénat ;

  • et les antennes territoriales, une par province, sur le modèle du réseau Outre-mer 1ère.

Un financement plafonné : une subvention unique de deux milliards d'euros par an, complétée par la publicité sur les supports numériques. Un plafond, c'est une incitation à la performance ; un budget ouvert, c'est une rente.

Voilà le périmètre. Il est défendable ligne à ligne, et il ne doit rien à la vengeance : chacune de ces missions correspond à une défaillance de marché réelle. Aucune ne recouvre le divertissement généraliste.



VI — Qui nomme, qui contrôle, qui achète : les trois verrous

Reste la question de la gouvernance et elle est décisive, car c'est là que se joue tout le reste. Trois mécanismes, tous confiés au même organe : une commission paritaire Assemblée nationale - Sénat.

Premier verrou : la nomination. Le président de France Média est nommé par cette commission paritaire, et non par l'exécutif. La composition paritaire signifie que personne ne peut imposer seul son candidat. Il faut un accord, donc un consensus, donc un profil acceptable par les deux bords. C'est ainsi qu'on protège réellement l'indépendance éditoriale : pas en la proclamant dans un préambule, mais en rendant la capture politique arithmétiquement impossible.

Deuxième verrou : le contrôle. La même commission contrôle l'exécution des missions, entend le président, publie ses conclusions. Le contrôle démocratique du service public revient au Parlement — c'est-à-dire aux représentants de ceux qui le financent — et non à une autorité administrative que personne n'a élue.

Troisième verrou : un médiateur éditorial doté de pouvoirs réels. Pas un ombudsman décoratif qui répond au courrier des auditeurs. Un médiateur indépendant, nommé par la commission, chargé de mesurer et de publier — chiffres à l'appui — la diversité des invités, des angles, des sujets traités. Rapports publics, saisine ouverte aux citoyens, obligation de réponse motivée de la direction. La transparence obtient ce que la menace n'obtiendra jamais : quand une rédaction sait que la composition politique de ses plateaux sera publiée chaque trimestre, elle se corrige d'elle-même. Sans licencier personne, sans crier à la purge, sans offrir à quiconque le rôle du martyr.

Et pour la vente ? C'est cette même commission paritaire qui décide, sur dossier de candidature, à qui les actifs privatisés sont cédés et selon quelles modalités. Je sais ce qu'on me répondra : « Vous allez vendre France Inter à Bolloré. » Réponse : c'est précisément pour l'éviter que la décision revient à une commission paritaire, où la majorité ne décide pas seule, et qui statue sur dossier public — projet éditorial, plan de financement, garanties d'emploi, engagements de diffusion. Une vente arbitrée par le Parlement à parité, sur critères publiés, est infiniment plus protectrice qu'une cession négociée dans un bureau de Bercy.



VII — Nous ne sommes pas seuls : le débat existe partout

Qu'on ne me dise pas que ces idées sont une lubie française. Le débat traverse toutes les démocraties, et il vaut la peine de regarder honnêtement les précédents — y compris ceux qui ne m'arrangent pas.

La Suisse a organisé en 2018 une votation, dite « No Billag », sur la suppression pure et simple de la redevance audiovisuelle. Elle a été rejetée à près de 70 %. Je le dis franchement, parce que l'honnêteté intellectuelle vaut mieux qu'une démonstration truquée : les peuples restent attachés à l'idée d'un service public audiovisuel. C'est précisément pourquoi je ne propose pas sa suppression, mais sa réduction à un périmètre justifiable. On ne gagne pas ce débat en promettant de tout raser.

Le Danemark a réduit fortement le budget de son diffuseur public et basculé du système de redevance vers l'impôt, avec un recentrage sur les missions patrimoniales et éducatives.

Le Royaume-Uni a gelé la redevance de la BBC et rouvre à chaque échéance le débat sur son remplacement, dans un pays qui reste pourtant le berceau du service public audiovisuel.

L'Argentine de Javier Milei a fermé l'agence de presse d'État en 2024 — cas radical, que je cite pour la complétude du panorama plus que comme modèle.

Le mouvement est partout le même : partout, la question du périmètre est posée. La France est simplement le pays qui refuse de se la poser.



VIII — Ce qui change, concrètement

Imaginons ces réformes appliquées. Qu'est-ce qui change réellement ?

Plus personne ne demande à l'État qui a le droit de parler. Plus aucune autorité administrative ne décide quel site est fiable et lequel ne l'est pas. Plus aucune chaîne privée n'est mise en demeure parce que sa ligne dérange. Plus aucun média n'est financé par un prélèvement obligatoire pour concurrencer ceux qui vivent de leur public.

Et le pluralisme, dans tout ça ? Il n'aura jamais été aussi réel. Parce qu'il ne sera plus décrété, comptabilisé, contrôlé et proclamé — il sera simplement vécu. Des dizaines de médias, des centaines de voix, aucune subvention, aucun label, aucune tutelle. Chacun libre d'écrire, chacun libre de lire, chacun libre de ne pas lire.

Ceux que cette perspective inquiète devraient se demander pourquoi. Craint-on vraiment que les Français soient trop bêtes pour distinguer le vrai du faux ? C'est le postulat implicite de toute la législation anti-fake news : les citoyens sont manipulables, il faut donc les protéger d'eux-mêmes. C'est un mépris. Et c'est ce mépris, bien plus que la désinformation, qui abîme aujourd'hui la démocratie française.


La droite américaine s'est fourvoyée en faisant la guerre à la presse. La gauche française se fourvoie en voulant l'encadrer. Il existe une troisième voie, et c'est la plus ancienne : celle de Mill, de Tocqueville, de tous ceux qui ont compris que la vérité ne se décrète pas — elle se dispute.

Personne n'est assez sage pour dire le vrai. Ni Trump, ni Bruxelles, ni l'Arcom, ni moi. C'est exactement pour cela qu'il faut laisser parler tout le monde que cela plaise... Ou pas!


Un Citoyen engagé — Août 2026



Commentaires


Aidez-nous

Aidez-nous à construire et à diffuser les idées pour une France plus forte, fier de son histoire et de ses territoires, engagée vers l'avenir, respectée et conquérante, souveraine dans une Europe forte mais soumise à ses Etats membres. 
Aidez l'association citoyen engagé! 

Fréquence

Unique

Mensuel

Montant

10 €

50 €

100 €

200 €

Autre

-Citoyen engagé-

  • Facebook

© 2025 Stéphane P.. Powered and secured by Wix

bottom of page