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Retour des cendres de Napoléon III - J'attendais ce débat depuis quatorze mois

19 sept.
9 min de lecture

J'attendais ce débat depuis quatorze mois

En juillet 2025, je proposais ici le rapatriement des dépouilles de Charles X et de Napoléon III, et l'inhumation de l'Empereur en l'église Saint-Augustin — celle-là même que son règne avait fait bâtir. Cette semaine, Éric Ciotti, maire de Nice, et le député Maxime Michelet reprennent l'idée dans* Le Figaro. *Elle n'est pourtant pas neuve : Philippe Séguin l'a portée toute sa vie, des pétitions ont réuni des dizaines de milliers de signatures, et le dernier geste officiel de la France envers cette famille remonte à juillet 1920. Un siècle de silence pour un homme qui a fait davantage pour la modernisation du pays que la plupart de ceux qui reposent au Panthéon.



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Une famille impériale française en terre anglaise

Rappelons les faits, car ils ont quelque chose d'invraisemblable.

Napoléon III meurt en exil à Chislehurst le 9 janvier 1873, quelques années après la chute du Second Empire. Depuis 1888, il repose dans la crypte de l'abbaye Saint-Michel de Farnborough, dans le Hampshire, sous la garde de moines bénédictins. L'impératrice Eugénie l'y a rejoint, ainsi que leur fils unique, le prince impérial, tué à vingt-trois ans en Afrique australe sous l'uniforme anglais.

Trois membres de la dernière famille souveraine française, inhumés à cent cinquante kilomètres de Paris, de l'autre côté de la Manche, dans une abbaye qu'une impératrice a dû faire construire elle-même faute de sépulture dans son pays.

Le dernier geste d'État remonte à juillet 1920 : un télégramme du gouvernement Millerand, contre lequel on protesta d'ailleurs qu'on eût rendu des honneurs à Eugénie, morte quasi centenaire au lendemain de la Grande Guerre. Depuis, plus rien. Un siècle. Et pendant ce siècle, des élus de tous bords ont réclamé le retour, Philippe Séguin le premier — grande conscience gaulliste et républicaine, qu'on n'accusera pas d'avoir été un nostalgique de l'Empire.


Ce qu'un exilé a fait pour ce pays

Venons-en au bilan, puisque c'est lui qu'on a enterré en même temps que l'homme.

Sous ce règne, la France devient une puissance industrielle moderne au terme de l'une des expansions économiques les plus fortes de son histoire. Le réseau ferré passe de quelques milliers de kilomètres à près de vingt mille. Le système bancaire se structure. Les traités de commerce ouvrent notre industrie à la concurrence et la contraignent à la modernité. Paris est transformé par une révolution urbanistique dont nous vivons encore et avec Paris, quantité de villes françaises, dont l'arrivée du chemin de fer fut l'acte inaugural.

Ce fut aussi un règne social, et c'est la part qu'on oublie le plus systématiquement. Le droit de grève. Les premières caisses de retraite. Les premières assurances contre les accidents du travail. L'égalité de parole entre l'ouvrier et l'employeur devant le juge. Il faudra attendre longtemps, sous la République, pour que l'on reprenne le fil là où il avait été coupé.

Et puis il y a 1860. Le comté de Nice rejoint la France, le département des Alpes-Maritimes est créé dans la foulée, la Savoie devient française. Deux territoires que nous tenons aujourd'hui pour évidents le sont parce que ce souverain-là y a présidé. Que ce soit le maire de Nice qui porte aujourd'hui la cause du retour n'est donc pas une coïncidence : c'est une dette municipale autant qu'une conviction politique.

On peut résumer d'une phrase : le premier Napoléon nous a laissé la gloire militaire et l'ossature administrative de l'État ; son neveu nous a laissé la prospérité, les premières libertés du travail, et deux départements.


Pourquoi ce silence, alors ?

La réponse n'a rien à voir avec l'Histoire. Elle a tout à voir avec la politique.

La IIIe République avait besoin d'accabler le régime auquel elle succédait, et qui avait conservé le soutien populaire jusqu'à la veille de son effondrement. Pour asseoir sa propre légitimité, il lui fallait un contre-modèle, un repoussoir, un despote d'opérette. Victor Hugo s'en est chargé avec un talent qui a largement survécu à ses raisons — Napoléon le Petit a mieux traversé le temps que la plupart des lois de l'époque.

Les historiens ont pourtant révisé cette légende noire depuis longtemps. Ils ont montré que les années du Second Empire annoncent certains progrès républicains, notamment par la consolidation du suffrage universel et dans le domaine éducatif. Le débat est tranché dans les universités depuis deux générations. Il ne l'est toujours pas dans nos cérémonies officielles.

Reste Sedan, et il faut l'affronter plutôt que le contourner. La défaite est réelle, la responsabilité du souverain est engagée, et l'amputation de l'Alsace et de la Moselle en découle. Personne de sérieux ne peut prétendre l'inverse.

Mais posons la question honnêtement : juge-t-on un règne de dix-huit ans sur sa dernière année ? Si tel est le critère, il faudra déplacer beaucoup de tombeaux et débaptiser beaucoup de rues. Nous avons rapatrié en 1840 les cendres d'un empereur dont les guerres ont saigné l'Europe pendant quinze ans et qui a fini à Sainte-Hélène après Waterloo et c'est Louis-Philippe, roi d'une dynastie rivale, qui l'a fait. La monarchie de Juillet a su ramener chez lui l'homme dont la famille l'avait chassée du pouvoir. La Ve République n'y parvient pas avec un souverain mort dans son lit.


Ce que ce refus dit de nous

Car c'est bien de nous qu'il s'agit, et non de lui.

Notre classe politique souffre d'un mal qu'on nomme rarement : elle vit enfermée dans le présent. Son rapport à l'histoire s'est effrité, soit par ignorance, soit par idéologie — oublieuse ou repentante, c'est selon. Or une nation ne se projette dans l'avenir qu'à proportion de ce qu'elle sait de son passé. À force de trier son histoire, d'en retrancher ce qui gêne et d'expier le reste, la France s'est privée de la seule ressource qui permet à un peuple de marcher avec confiance : la conscience de lui-même.

Un régime sûr de lui accueille ses prédécesseurs. Il peut se permettre de dire : voici ceux qui ont gouverné avant nous, nous les jugeons, et nous les honorons parce qu'ils sont à nous. Un régime qui craint la comparaison les laisse dehors. Ce n'est pas de la fermeté, c'est de l'inquiétude.

Je vais plus loin que Ciotti et Michelet sur un point : ce n'est pas seulement un geste mémoriel qui manque, c'est une politique. Et elle a un nom.


Une loi de réconciliation avec notre histoire

Je le propose depuis juillet 2025 : la France doit voter une grande loi de réconciliation avec son histoire. Le rapatriement de l'Empereur n'en serait que le premier article.

Le second concerne Charles X. Le dernier roi de France est mort à Gorizia en 1836 et repose depuis lors au monastère de Kostanjevica, aujourd'hui en Slovénie. Là encore : un souverain français inhumé à l'étranger, sans que la République y trouve à redire depuis bientôt deux siècles. Sa place est à la basilique Saint-Denis, auprès des rois qu'il a suivis. Je suis royaliste et je ne m'en cache pas, mais on remarquera que je demande la même chose pour un empereur et pour un roi, c'est-à-dire pour deux régimes que tout opposait. Ce n'est pas une préférence dynastique. C'est un principe : la France doit rapatrier ses souverains, quels qu'ils soient, parce qu'ils sont à elle.

Le troisième doit regarder en face les années noires de la Révolution. La Terreur et les massacres de Vendée ont fait, dans un pays en paix avec lui-même, des dizaines de milliers de morts civils — femmes, enfants, vieillards — au nom de la liberté. La qualification juridique de ces faits reste débattue entre historiens, et je n'ai pas l'intention de trancher un débat scientifique par un vote : ce serait reproduire exactement ce que je reproche aux lois mémorielles existantes. Mais la reconnaissance officielle des massacres, leur enseignement, et un lieu de mémoire national ne devraient plus faire question. On a bâti des monuments pour beaucoup moins. Il est singulier qu'un pays capable de reconnaître sa responsabilité dans les rafles de 1942 et il a eu raison de le faire, soit incapable de nommer ce qui s'est passé aux Lucs-sur-Boulogne.

Le quatrième touche à nos racines. Bruno Retailleau propose d'inscrire dans sa Charte de l'ordre républicain l'affirmation des racines judéo-chrétiennes de la France. Je le propose également dans mon projet constitutionnel, et je vais plus loin : il faut réviser la portée de la loi de 1905 sur ce point précis. Non pas abolir la séparation des Églises et de l'État, qui est un acquis, mais cesser de faire dire à ce texte ce qu'il ne dit pas. Une crèche de Noël dans le hall d'une mairie, une croix sur un monument aux morts, une cloche qui sonne l'angélus : rien de tout cela n'est un acte de prosélytisme, et l'acharnement contentieux qui s'est développé autour de ces symboles relève de l'idéologie, pas du droit. Reconnaître que la France est un pays de culture chrétienne n'oblige personne à croire. Cela oblige seulement à ne pas mentir sur ce que nous sommes.


Et une garde devant nos morts

J'ajoute un cinquième article, et celui-là ne coûterait presque rien.

Savez-vous qui veille, ce soir, sur la tombe du Soldat inconnu ? Personne. La flamme est ravivée chaque jour à 18h30, sans interruption depuis le 11 novembre 1923 — y compris pendant l'Occupation, y compris le jour où la Wehrmacht défilait sur la place de l'Étoile. Mais ce geste est accompli par le Comité de la Flamme, c'est-à-dire par des anciens combattants et des bénévoles d'associations. La République, elle, ne poste aucune garde permanente devant le tombeau du plus anonyme de ses héros.

Comparons. Les Américains relèvent la garde d'Arlington toutes les heures, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, par tous les temps, depuis 1937. Les Britanniques, les Italiens, les Grecs, les Polonais, les Russes font de même devant leurs monuments nationaux. Nous, nous avons des barrières basses et de la bonne volonté associative. Et lorsqu'un individu a enjambé ces barrières pour allumer sa cigarette à la flamme du Souvenir, la classe politique s'est indignée pendant quarante-huit heures, puis on est passé à autre chose. Un pays qui s'indigne mais ne poste pas de sentinelle n'a pas un problème de sécurité : il a un problème de hiérarchie.

Car nous avons la troupe. La Garde républicaine monte la garde à l'Élysée, à Matignon, au Sénat, à l'Assemblée, au Palais de justice. Nous gardons nos institutions vivantes et nous laissons nos morts sans factionnaire. C'est un choix, et il dit quelque chose : le pouvoir se protège, la mémoire se débrouille.

Je propose donc qu'une garde d'honneur permanente soit assurée devant les lieux où repose ce que nous sommes :

- l'Arc de Triomphe et la tombe du Soldat inconnu ;

- le Panthéon, où la Nation reconnaissante a placé ses grands hommes ;

- les Invalides et le tombeau de Napoléon Ier ;

- la basilique Saint-Denis, nécropole de nos rois, dont les sépultures furent lâchement violées en 1793, les corps arrachés de leurs caveaux et jetés dans des fosses communes pour récupérer le plomb des cercueils ;

- la chapelle royale de Dreux, où reposent Louis-Philippe et la famille d'Orléans ;

- et demain, l'église Saint-Augustin, quand Napoléon III y sera enfin revenu.


On notera au passage, et ce n'est pas le moindre des arguments, que Louis-Philippe lui-même est mort en exil en Angleterre, à Claremont en 1850, et qu'il repose à Dreux parce que la France est allée le chercher en 1876. Deux souverains français morts sur le sol anglais. Nous avons ramené le premier. Il nous reste le second.

Que l'on ne vienne pas objecter le coût. Une garde d'honneur, ce sont quelques dizaines d'hommes sur un effectif de plusieurs milliers, dans un État qui trouve chaque année des centaines de millions pour des agences dont personne ne saurait dire l'objet. Ce qui manque n'est pas l'argent. C'est l'idée qu'il y a, dans ce pays, des lieux devant lesquels on se tient droit.


Un pied de nez, et une méthode

Que l'on m'entende bien sur l'intention.

Cette loi n'est pas un exercice de nostalgie. C'est une réponse politique au déconstructionnisme qui s'est installé dans nos universités, nos musées, nos programmes scolaires et jusque dans les commémorations officielles — cette entreprise patiente qui consiste à ne plus enseigner une histoire nationale, mais un dossier à charge. On déboulonne, on renomme, on contextualise jusqu'à l'effacement, et l'on demande à des enfants de treize ans d'avoir honte avant même d'avoir appris.

À cela, je réponds par l'inverse exact : non pas un récit édulcoré, mais un récit complet. Une loi de réconciliation digne de ce nom doit assumer les deux versants. Elle rapatrie les souverains et reconnaît les massacres de Vendée ; elle affirme les racines chrétiennes et maintient la reconnaissance de la responsabilité de l'État français dans les rafles ; elle honore l'œuvre coloniale là où elle fut bâtisseuse et nomme les violences là où elles furent commises. Un pays adulte fait les deux dans le même texte. C'est précisément ce qui la distinguera des lois mémorielles à sens unique que nous subissons depuis trente ans.

Et l'alternance de 2027 ne se jouera pas seulement sur des mesures concrètes. Elle se jouera aussi sur ce que nous dirons de la France aux Français. Un pouvoir qui tient le passé pour un fardeau et le roman national pour une baliverne n'aura jamais su parler de notre nation à notre peuple.


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Nous n'avons pas à aimer Napoléon III. Nous avons à cesser d'avoir peur de lui. Il est mort il y a cent cinquante-trois ans, dans une crypte anglaise gardée par des moines, et la France n'a toujours pas trouvé le courage d'aller le chercher. Quand un pays n'ose plus rapatrier ses morts, ce n'est pas d'eux qu'il se méfie. C'est de lui-même.


amonavislafranceautrement.com  ·  20 septembre 2026

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