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Petits fours et grands procès : quand la gauche caviar découvre que la liberté d'expression marche dans les deux sens



Ils ont signé une tribune traitant Vincent Bolloré de fasciste. Canal+, qui finance leurs films et leur paie les robes de soirée et les petits fours, a répondu qu'il ne travaillerait plus avec eux. Et là stupeur ! Les 600 censeurs se sont découverts victimes. Au point de traîner Canal+ devant le tribunal. Au nom de la liberté d'expression. Vous avez bien lu. Petite leçon sur une gauche qui adore la liberté — tant qu'elle est la seule à pouvoir en user.


I — Le crachat dans la soupe : récit d'une ingratitude spectaculaire

Reprenons les faits, parce qu'ils sont à la fois comiques et révélateurs.

À l'ouverture du 79e festival de Cannes, une tribune paraît dans Libération. Près de 600 professionnels du cinéma dont Juliette Binoche, Swann Arlaud, Adèle Haenel, Jean-Pascal Zadi la signent. Son objet ? Dénoncer « l'emprise grandissante de l'extrême droite » dans le cinéma par l'intermédiaire de Vincent Bolloré, et alerter contre « une prise de contrôle fasciste sur l'imaginaire collectif ».

Fasciste. Le mot est lâché. Comme toujours.

Le problème, c'est que ce « fasciste » se trouve être l'actionnaire de référence de Canal+ qui n'est pas n'importe qui dans le cinéma français. Selon l'accord signé en 2025, Canal+ s'est engagé à consacrer 480 millions d'euros au cinéma français d'ici 2027 : 150 millions en 2025, 160 millions en 2026, 170 millions en 2027. Premier financeur privé du cinéma français. La main qui nourrit, littéralement, une bonne partie de ceux qui ont signé.

Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a répondu sans détour : « J'ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal+. En conséquence, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition. » Et d'ajouter, avec un bon sens désarmant : « Je n'ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste. »

Qui pourrait sérieusement le lui reprocher ? Quel entrepreneur, quel patron, quel artisan accepterait de continuer à collaborer joyeusement avec des partenaires qui le qualifient publiquement de fasciste ? La réponse de Saada n'est pas une censure, c'est une réaction humaine élémentaire. On ne travaille pas avec ceux qui vous insultent.


II — Le coup de théâtre : les censeurs s'autoproclament victimes

C'est ici que l'affaire bascule du révélateur au burlesque.

Quelques jours plus tard, la Ligue des droits de l'Homme et la CGT Spectacle ont annoncé avoir engagé une action en justice pour discrimination contre Canal+. Ils sollicitent du tribunal judiciaire de Nanterre qu'il « enjoigne à la société Canal+ de s'abstenir de toute mesure d'exclusion, de refus de collaboration, de discrimination à l'encontre des signataires de la tribune ».

Récapitulons la logique stupéfiante. Premier acte : 600 personnes utilisent leur liberté d'expression pour traiter un homme de fasciste. Deuxième acte : cet homme utilise sa liberté de choisir ses partenaires pour ne plus travailler avec eux. Troisième acte : les 600 traînent l'homme devant la justice… au nom de la liberté d'expression.

Autrement dit : ma liberté d'expression à moi est sacrée. La tienne, en revanche, lorsqu'elle consiste à tirer les conséquences de mes insultes, est une « discrimination ». Les demandeurs estiment que les propos de Saada « sont susceptibles de porter atteinte à l'exercice effectif de leur liberté d'expression, en créant un climat dissuasif propre à décourager toute prise de parole critique ».

Un climat dissuasif. On croit rêver. Ce sont eux qui ont lancé l'attaque. Ce sont eux qui ont brandi le mot « fasciste » comme une arme. Et quand la cible répond non par la violence, non par la censure, mais simplement en refusant de continuer à les financer, ce sont eux les victimes. C'est le monde à l'envers : l'agresseur qui porte plainte contre sa cible parce qu'elle a osé se défendre.

Comme le résume parfaitement le Figaro, les pétitionnaires se sont « pris les pieds dans le tapis ». Ils ont voulu faire la leçon. Ils se retrouvent à mendier devant un tribunal le droit de continuer à être financés par celui qu'ils ont insulté.


III — Où est la liberté, finalement ?

Posons la question de fond, celle que cette affaire met crûment en lumière : qu'est-ce que la liberté, pour cette gauche culturelle ?

La réponse apparaît avec une clarté aveuglante. Pour cette gauche, la liberté n'est pas un principe universel — c'est un privilège réservé à ceux qui pensent bien. Le cinéma doit être « libre », oui — mais libre de quoi ? Libre de n'être que de gauche. Libre d'exclure tout ce qui ne correspond pas à la doxa progressiste. Libre de coller l'étiquette « extrême droite » ou « fasciste » sur quiconque ose posséder un média sans partager ses valeurs.

Cette mécanique est désormais bien rodée. Elle consiste à inverser systématiquement les rôles. Celui qui exprime une opinion conservatrice est un « fasciste qui menace la démocratie ». Celui qui le traite de fasciste est un « résistant courageux ». Celui qui ne veut plus travailler avec ceux qui l'insultent est un « censeur liberticide ». Celui qui insulte est une « victime ». À chaque fois, la même opération : la gauche s'arroge le monopole de la vertu et redistribue les étiquettes infamantes à ses adversaires.

Et c'est là que le concept de « liberté » devient une arme à sens unique. Être libre, dans ce schéma, c'est forcément penser à gauche. Quiconque pense autrement n'exerce pas sa liberté, il « menace » celle des autres. C'est exactement l'inversion orwellienne que dénonçait déjà la droite intellectuelle : la liberté devient le nom qu'on donne à la pensée unique, et la pensée unique se pare des habits de la liberté.

David Lisnard a souvent décrit ce mécanisme avec sa précision habituelle : la gauche culturelle a transformé la tolérance en instrument d'intolérance, et la liberté d'expression en privilège de caste. Bruno Retailleau ne dit pas autre chose quand il évoque cette « tyrannie des minorités militantes » qui prétend parler au nom de tous tout en confisquant le débat.


IV — Le maccarthysme inversé : qui dresse vraiment des listes noires ?

L'ironie la plus savoureuse de cette affaire, c'est l'accusation portée par les pétitionnaires eux-mêmes. Certains, à l'instar de l'actrice Anna Mouglalis, ont comparé la « liste noire » des signataires à une forme de « maccarthysme ».

Maccarthysme. Le mot mérite qu'on s'y arrête, car il se retourne admirablement contre ceux qui l'emploient.

Rappelons ce qu'était le maccarthysme : la pratique consistant à dresser des listes de personnes pour les exclure de la vie professionnelle en raison de leurs opinions politiques. Or, qui a commencé à dresser des listes dans cette affaire ? Qui a publié les noms de 600 personnes désignant un homme comme « fasciste » pour l'exclure moralement de la communauté du cinéma ? Qui pratique depuis des années l'ostracisation systématique des artistes, intellectuels et journalistes soupçonnés de sympathies de droite ?

Le véritable maccarthysme culturel en France, depuis des décennies, ne vient pas de la droite. Il vient de ce milieu progressiste qui a fait de l'exclusion idéologique un mode de fonctionnement. Combien d'acteurs n'osent pas exprimer un vote de droite par peur de ne plus tourner ? Combien de réalisateurs taisent leurs convictions pour continuer à obtenir des financements ? Combien d'artistes ont été mis au ban pour avoir simplement refusé de signer telle ou telle pétition de circonstance ?

La liste noire existe en France. Mais elle ne vise pas la gauche. Elle vise quiconque ose ne pas penser comme elle. Et c'est précisément parce que Saada a, pour une fois, retourné l'arme contre ses inventeurs, qu'ils hurlent au scandale. Ils ne supportent pas qu'on leur applique le traitement qu'ils infligent aux autres depuis toujours.


V — Mais à qui parlent-ils, au juste ?

Posons la question pratique, presque cruelle : à qui ces 600 signataires croient-ils envoyer un message ?

Aux Français ordinaires ? Ceux qui peinent à finir le mois, qui paient leurs impôts, qui regardent ces cérémonies fastueuses sur la Croisette comme on regarde un autre monde ? Ces Français-là n'ont pas attendu la tribune des 600 pour avoir une opinion sur cette caste. Ils voient des artistes fortunés, en robes de soirée et smokings, sabler le champagne entre deux montées des marches et leur expliquer, le lendemain matin sur France Inter, qu'ils sont les derniers remparts de la liberté menacée.

Le décalage est abyssal. Pendant que le Français moyen subit l'insécurité, la fiscalité, le déclassement, la « caste » de Cannes s'inquiète de savoir si un milliardaire conservateur va « menacer l'imaginaire collectif ». C'est un combat de salon, mené par des privilégiés, à destination d'autres privilégiés. Un entre-soi qui se congratule, se cite, se signe mutuellement des pétitions, et croit incarner le peuple alors qu'il n'incarne plus que lui-même.

Et c'est là qu'il faut nommer la dépendance qui est au cœur de cette hypocrisie : cette caste vit de subventions. En dehors de Canal+, qui est un acteur privé, l'essentiel de l'écosystème culturel français vit de l'argent public. Le Centre national du cinéma, le CNC, prélève une taxe sur les entrées en salle, sur les chaînes de télévision, sur les plateformes, pour redistribuer aux productions françaises. C'est ce système qui permet à une grande partie de ce milieu de vivre, de produire, de tourner, indépendamment du succès commercial.

N'en déplaise à Pierre Niney, acteur que j'apprécie énormément par ailleurs pour son talent, quand il défend ce modèle, il défend un système où l'on taxe l'ensemble des Français, y compris ceux qui ne mettront jamais les pieds dans une salle d'art et essai, pour financer une production culturelle dont une partie les méprise ouvertement. Le contribuable de Cherbourg ou de Maubeuge finance, via le CNC, des films qui ne lui parleront jamais pendant que ceux qui en vivent le regardent de haut. Il y a là une injustice fondamentale que personne, dans ce milieu, n'ose regarder en face.


VI — Le lien avec l'affaire France Télévisions : la même bataille

Cette affaire Canal+ ne tombe pas du ciel. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large et il faut la mettre en parallèle avec l'affaire France Télévisions et Radio France que j'ai analysée il y a quelques semaines.

Là aussi, une commission d'enquête parlementaire, la commission Alloncle, a osé toucher à un sanctuaire que personne ne voulait approcher : l'audiovisuel public, son financement, sa neutralité, son entre-soi. Et là aussi, la réaction de la gauche a été d'une virulence révélatrice. Delphine Ernotte montant au créneau, les syndicats hurlant à la censure, les éditorialistes dénonçant une « atteinte à la liberté de la presse » alors même que 77 % des Français réclamaient une réforme.

Le point commun entre ces deux affaires est limpide : la gauche est attaquée dans ce qu'elle a de plus précieux, le pouvoir de parler aux oreilles des Français.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Depuis des décennies, cette gauche culturelle et médiatique a construit un magistère sur l'opinion. Le cinéma, la télévision publique, la radio publique, l'édition, l'université : autant de canaux par lesquels elle façonne les esprits, fixe les normes du dicible, désigne les bons et les méchants. C'est une autre façon de faire de la politique, plus insidieuse, plus durable, plus profonde que les élections elles-mêmes. On perd une élection en une soirée. On perd une bataille culturelle sur trente ans, sans même s'en apercevoir.

Et voilà que cet édifice se fissure. Un patron de chaîne privée qui refuse de se laisser insulter. Une commission parlementaire qui ose auditer l'audiovisuel public. Un milliardaire qui possède des médias de droite et refuse de s'excuser d'exister. Pour cette gauche, c'est une déclaration de guerre parce que c'est la remise en cause de son monopole.


VII — La bataille ne fait que commencer : il ne faut rien céder

Que cette gauche soit virulente, c'est normal. Elle défend son pré carré, son magistère, sa rente idéologique. Elle fait feu de tout bois contre les médias de droite, contre les patrons qui ne pensent pas comme elle, contre les commissions qui osent regarder ses comptes. Elle ne cédera rien parce qu'elle a tout à perdre.

C'est précisément pour cela que la droite et les médias de droite doivent continuer cette bataille sans plier, sans sourciller, sans s'excuser. Maxime Saada a eu raison de ne pas reculer. La commission Alloncle a eu raison de publier son rapport. Et chaque fois qu'un acteur ose résister à l'intimidation idéologique, il ouvre une brèche dans un édifice qu'on croyait imprenable.

Cette bataille du cinéma et de l'audiovisuel n'est qu'un front parmi d'autres. Les vraies batailles, les plus profondes, restent à mener : l'école, où l'on forme les esprits dès le plus jeune âge ; l'université, où s'est installé le magistère idéologique le plus verrouillé ; et l'appareil d'État lui-même, où la doxa progressiste s'est incrustée dans les administrations, les agences, les autorités prétendument indépendantes.

Ce sont là les vrais champs de bataille de la reconquête culturelle. Et ils seront plus durs encore que celui de Cannes, parce que l'adversaire y est mieux retranché, mieux financé, mieux protégé. Mais le combat est le même : il s'agit de rendre aux Français la liberté de penser autrement que selon la doxa, la vraie liberté, celle qui ne demande pas de carte du parti.


La tribune des 600 restera comme un symbole. Non pas celui du courage face à un « fasciste », mais celui d'une caste qui, prise à son propre piège, a révélé au grand jour ce qu'elle est vraiment : un petit monde d'entre-soi subventionné, qui adore la liberté d'expression à condition d'en avoir le monopole.


La liberté, la vraie, marche dans les deux sens. Il était temps que quelqu'un le leur rappelle.

Citoyen engagé — Mai 2026



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