Lyhanna, Paris en feu, et une justice qui a cessé de protéger : il est temps de rendre la justice au peuple
- Stephan P
- il y a 5 jours
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Une fillette de onze ans retrouvée morte dans le Gers, alors que des signaux d’alerte existaient. Paris à feu et à sang après une victoire de football, 780 interpellations, des récidivistes dans la rue. Entre les deux, un fil rouge : une justice qui a perdu le sens de sa mission première — protéger les Français. Décryptage d’un divorce, et propositions pour y mettre fin.
I — Lyhanna : le drame de trop, le drame évitable
Le 4 juin 2026, dans un village proche de Fleurance, dans le Gers, les enquêteurs ont retrouvé un corps portant des vêtements identiques à ceux de Lyhanna, onze ans, disparue le 30 mai. Le suspect interpellé, âgé de 41 ans, présente les caractéristiques d’un possible récidiviste. Il avait été visé par une plainte et travaillait comme agent contractuel dans des établissements scolaires du Gers depuis 2018. Il connaissait la fillette, car sa propre fille était scolarisée dans la même école.
Je veux être prudent : à l’heure où j’écris, l’enquête suit son cours, et la présomption d’innocence demeure. Mais une question s’impose déjà, lancinante : comment un homme visé par une plainte a-t-il pu continuer à travailler au contact d’enfants, dans des écoles, pendant des années ?
Cette question, nous l’avons déjà posée. Trop de fois. L’affaire Lyhanna fait écho à l’affaire Marina Sabatier, cette fillette décédée sous les coups de ses parents en 2009 après des années de maltraitance, alors que plusieurs signalements avaient été effectués sans que le danger soit mesuré. La Cour européenne des droits de l’homme avait condamné la France en 2020 pour ne pas avoir su la protéger.
À chaque drame, le même constat : des signaux existaient, des plaintes avaient été déposées, des institutions savaient. Et à chaque fois, la machine judiciaire et administrative n’a pas su — ou pas voulu — transformer cette connaissance en protection. C’est le cœur du problème. Une justice dont la première mission devrait être de protéger les innocents a fini par protéger d’abord les procédures, les principes abstraits, et parfois les coupables eux-mêmes.
II — Paris en feu : quand la fête devient guérilla et que la justice baisse les bras
Changeons de décor, gardons le fil. Le 30 mai 2026, le PSG remporte la Ligue des Champions face à Arsenal. À des centaines de kilomètres du stade, Paris s’embrase.
Dans la nuit du 30 au 31 mai, selon le ministre de l’Intérieur, 780 personnes ont été interpellées sur tout le territoire, dont 457 toujours en garde à vue. Des vélos en libre-service incendiés, des mortiers tirés, un véhicule en feu au Trocadéro, des magasins saccagés et pillés dans une quinzaine de villes. Vingt-deux mille policiers et gendarmes mobilisés, dont huit mille à Paris.
Une victoire sportive. Et un pays qui doit déployer une armée pour éviter le chaos.
Mais le plus révélateur n’est pas dans les chiffres de l’émeute — il est dans ce qui se passe ensuite, devant les tribunaux. Combien de ces 780 interpellés ont été réellement condamnés à des peines fermes et exécutées ? Combien sont ressortis libres après quelques heures ? Combien de récidivistes, déjà connus, étaient dans la rue ce soir-là alors qu’ils auraient dû être derrière les barreaux ?
C’est là que les deux affaires — Lyhanna et les émeutes — se rejoignent. Dans les deux cas, la même faillite : une justice qui n’empêche plus, qui ne protège plus, qui ne dissuade plus. Une justice devenue spectatrice de la violence au lieu d’en être le rempart.
III — Le divorce des Français avec leur justice : un fait mesuré
Ce sentiment n’est pas une impression. Il est documenté. La justice — ce troisième pilier de nos institutions — est devenue l’institution dans laquelle les Français ont le moins confiance.
Et les chiffres de la récidive expliquent pourquoi. Le taux de récidive a atteint 15,5 % en 2022 selon le ministère de la Justice. Ces absences répétées de peines minimums pour les récidivistes discréditent l’autorité judiciaire et donnent aux délinquants un sentiment d’impunité.
Le Français ordinaire ne comprend pas et il a raison. Il ne comprend pas qu’un individu condamné de multiples fois soit toujours dans la rue. Il ne comprend pas qu’un homme visé par une plainte pour des faits graves continue de travailler au contact d’enfants. Il ne comprend pas qu’une peine prononcée ne soit pas exécutée, qu’un « ferme » se transforme en bracelet, qu’une condamnation à deux ans devienne quelques semaines effectives.
Ce divorce a une cause profonde, idéologique. Depuis des décennies, une certaine philosophie pénale a pris le pouvoir dans les facultés de droit, dans la magistrature, dans l’administration pénitentiaire. Cette philosophie place la réinsertion du coupable au-dessus de la protection de la société, l’individualisation de la peine au-dessus de la dissuasion collective, et la lutte contre la « surpopulation carcérale » au-dessus de l’exécution effective des peines. Érigée en dogme absolu, déconnectée du réel, elle a produit ce que nous vivons : une justice qui protège tout le monde sauf les victimes.
IV — La doctrine de l’excuse contre la doctrine de la protection
Le débat sur les peines planchers illustre cette fracture.
D’un côté, ceux qui défendent l’autorité : la sanction et l’emprisonnement sont une réponse nécessaire de prévention, qui permet de faire prendre conscience au délinquant de ses actes et de l’empêcher de nuire. De l’autre, la gauche et une partie de la magistrature qui affirment que « la prison comme seule peine n’empêche pas la récidive, voire l’aggrave », et qui dénoncent une « vengeance institutionnalisée ».
Regardons l’argument-massue de l’excuse pénale : la surpopulation carcérale. Ils affirment que le taux d’occupation des prisons dépasse 134 %, atteint 200 % dans 23 établissements, et que construire plus de places ne servirait à rien car cela produirait « une fuite en avant ».
Cet argument est un sophisme remarquable. Il revient à dire : puisque nous manquons de places de prison, ne mettons pas les criminels en prison. C’est exactement comme dire : puisque les hôpitaux sont pleins, cessons de soigner les malades. La vraie réponse n’est pas de renoncer à incarcérer, c’est de construire les prisons qui manquent. Le manque de places ne doit jamais devenir une excuse pour ne pas exécuter les peines. C’est une démission déguisée en pragmatisme.
V — Ce que je propose : rendre la justice à sa mission, et au peuple
Sur ce blog, et dans mon projet de réforme constitutionnelle, je défends une refondation profonde de notre justice. Voici les mesures concrètes, certaines applicables immédiatement par ordonnance, d’autres nécessitant une révision constitutionnelle ou un investissement budgétaire majeur. Elles forment un tout cohérent : redonner à la justice sa mission première, et la rendre au peuple au nom duquel elle juge.
Réformer la magistrature et la rendre responsable
1. Retirer définitivement aux juges l’application des peines. Aujourd’hui, le juge d’application des peines peut aménager, réduire, transformer une peine prononcée par un tribunal. Résultat : une peine ferme prononcée au nom du peuple français est vidée de sa substance dans le secret d’un cabinet. Une peine prononcée doit être exécutée telle qu’elle a été prononcée. Le juge juge. L’État exécute.
2. Réformer en profondeur le Conseil supérieur de la magistrature. Il faut en changer la composition et le mode de nomination, pour mettre fin à l’entre-soi corporatiste qui protège les magistrats défaillants. Le CSM doit être ouvert à des personnalités extérieures, ses membres désignés selon un processus transparent associant les représentants du peuple. Surtout, le CSM doit être astreint à un rapport annuel soumis au quitus du Parlement : chaque année, la magistrature rend des comptes devant la représentation nationale. L’indépendance du juge dans son jugement reste absolue mais l’institution, elle, devient responsable devant la Nation.
3. Instaurer l’élection des procureurs généraux près les tribunaux judiciaires et de juges communaux. Certains magistrats du parquet et de proximité doivent tirer leur légitimité directement du suffrage. Un procureur général élu rend des comptes aux citoyens de son ressort ; un juge communal, ancré dans son territoire, connaît ses réalités. C’est un puissant antidote à la déconnexion entre la justice et le peuple.
4. Revoir la formation des magistrats et encadrer leur droit de se syndiquer. L’École nationale de la magistrature forme depuis des décennies des juges souvent imprégnés d’une idéologie pénale uniforme. Cette formation doit être repensée pour réintroduire le pluralisme et la conscience que la première mission de la justice est de protéger la société. Par ailleurs, un juge qui rend la justice « au nom du peuple français » peut-il, dans le même temps, militer politiquement au sein de syndicats ouvertement engagés ? Cette possibilité doit être strictement encadrée, voire supprimée, pour garantir la neutralité réelle de l’institution.
5. Réinvestir massivement dans la justice. Rien ne fonctionnera sans moyens. La France doit augmenter massivement le nombre de juges, de procureurs et de greffiers. La lenteur de la justice française est une seconde peine pour les victimes et un facteur d’impunité pour les coupables. Une justice rapide est une justice crédible.
Refonder l’exécution des peines et l’incarcération
6. Lancer un grand plan de construction pénitentiaire et acquérir une flottille pénitentiaire. Si nous manquons de 20 000 places, construisons-en 30 000. Et pour incarcérer dans l’urgence les individus les plus violents et les plus dangereux, la France doit faire preuve d’audace : acquérir et transformer une flottille de porte-conteneurs en établissements pénitentiaires sécurisés. Là où l’imagination manque, c’est la volonté qui manque.
7. Instaurer une perpétuité réelle — incompressible, sans aménagement possible pour les meurtres, le narcotrafic de haut niveau et la sédition religieuse. La confusion des peines pour tous les crimes & délits sera supprimée. Certains crimes placent durablement leur auteur hors d’état de revivre en société.
8. Instaurer une récidive qui triple la peine. Toute récidive doit multiplier par trois la peine plancher prévue par la loi, avec retour immédiat en détention. La récidive est la preuve qu’une première sanction a échoué — il faut frapper plus fort.
Restaurer l’ordre face aux violences collectives et à la délinquance des mineurs
9. Supprimer la justice des mineurs et l’excuse de minorité. La délinquance des mineurs a changé de nature : violences extrêmes, armes, trafics. L’excuse de minorité est devenue un permis d’impunité que les délinquants exploitent cyniquement. Un acte grave doit être jugé pour ce qu’il est, quel que soit l’âge de son auteur. En contrepartie, la responsabilité pénale et financière des parents doit être pleinement engagée.
10. Mettre en place le principe « qui casse, paie ». Tout individu condamné pour des dégradations lors d’émeutes doit en assumer le coût financier intégral. Le contribuable n’a pas à payer pour ceux qui détruisent.
11. Mettre fin à l’individualisation des peines lors des émeutes, des casses et des mouvements séditieux. Face à une violence de masse organisée, la réponse doit être collective, automatique et exemplaire. L’individualisation — légitime pour un délit isolé — devient absurde face à des centaines d’individus qui brûlent une ville.
12. Rattacher la police judiciaire au ministère de la Justice. L’enquête et la poursuite doivent relever d’une même chaîne de commandement, sans rivalités stériles entre l’Intérieur et la Justice, au service de la manifestation de la vérité.
Reprendre le contrôle face à la délinquance étrangère
13. Expulser les étrangers, en situation régulière ou non, dès la première condamnation. Un étranger accueilli sur le sol français qui commet un délit ou un crime rompt le pacte qui justifiait sa présence. L’expulsion doit être automatique dès la première condamnation.
Assumer la rupture : la fin des demi-mesures
Je sais que plusieurs de ces propositions se heurteront à des objections constitutionnelles ou conventionnelles — l’expulsion automatique, la fin de l’individualisation des peines, la suppression de l’excuse de minorité, la perpétuité réelle. On me dira qu’elles sont contraires à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, à tel principe du Conseil constitutionnel, à telle tradition juridique. C’est précisément le cœur du problème, et je l’assume pleinement : on ne peut plus répondre par des demi-mesures au délitement de notre société et de notre cohésion nationale.
Pendant quarante ans, on a multiplié les ajustements timides, les réformes cosmétiques, les lois votées puis vidées de leur substance par les juges ou censurées par les cours. Pendant ce temps, la violence a progressé, la récidive s’est installée, l’impunité s’est banalisée, et les Français ont cessé de croire en leur justice. La demi-mesure n’est pas la prudence — c’est la lâcheté maquillée en modération. Et cette lâcheté a un coût : il s’appelle Lyhanna, il s’appelle ces villes brûlées, il s’appelle ces policiers blessés.
C’est pourquoi ces réformes ne peuvent pas se contenter d’une loi ordinaire, condamnée d’avance à être détricotée. Elles supposent la révision constitutionnelle et l’affirmation de la primauté du droit national que je défends dans mon projet de Constitution. Il ne s’agit pas de sortir de l’État de droit — il s’agit de le refonder sur sa seule source de légitimité véritable : la volonté du peuple souverain, et non la sédimentation de jurisprudences qui ont progressivement désarmé la Nation face à ceux qui la menacent.
Quand la maison brûle, on ne discute pas de la couleur des rideaux. On éteint le feu.
Constitutionnaliser le tout
14. Réformer le code pénal et le code de procédure pénale, ce labyrinthe où la forme étouffe le fond et où les vices de procédure libèrent des coupables manifestes.
15. Constitutionnaliser la primauté de la protection des citoyens. Le texte fondamental doit affirmer que la protection des citoyens et de l’ordre public est une mission première de la justice, au même rang que la garantie des droits individuels — équilibre aujourd’hui rompu au profit du seul accusé.
VI — Ni vengeance, ni laxisme : la justice du peuple
Soyons clairs, car la gauche caricaturera ces propositions. Il ne s’agit pas d’une justice de vengeance. Il ne s’agit pas de nier la réinsertion. Il ne s’agit pas de mépriser les droits de la défense, socle de tout État de droit.
Il s’agit de rétablir un équilibre rompu. Depuis quarante ans, le balancier est allé trop loin dans le sens de l’excuse et de l’aménagement, au détriment de la victime. La justice française est devenue, aux yeux d’une majorité de Français, une institution qui comprend tout, excuse beaucoup, et protège peu.
Montesquieu écrivait que « les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires ». Une justice qui ne sanctionne plus affaiblit l’idée même de loi. Et une loi qui n’est plus appliquée n’est plus une loi — c’est une suggestion.
Une société qui ne protège plus ses enfants, qui ne sanctionne plus ceux qui brûlent ses villes, qui laisse les récidivistes narguer leurs victimes, est une société qui a renoncé à elle-même. La justice est le troisième pilier de nos institutions. Quand ce pilier vacille, c’est tout l’édifice qui menace de s’effondrer.
Lyhanna méritait d’être protégée. Les Parisiens méritaient de fêter une victoire sans voir leur ville brûler. Les policiers méritaient de ne pas être les cibles de mortiers. Toutes ces protections, la justice n’a pas su les assurer.
Il est temps de lui en redonner les moyens et l’obligation.
Juin 2026
Mon projet complet de réforme de la justice et des institutions : Royaume de France — Projet de Constitution



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