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« La droite la plus bête du monde » : à huit mois du scrutin, elle en prend le chemin

19 août
14 min de lecture



La formule est attribuée à Guy Mollet, et elle traverse les décennies avec une constance désespérante. La voici de nouveau d'actualité. À huit mois du premier tour, la droite française aligne quatre candidats, zéro programme commun, et un total d'intentions de vote qui ne qualifierait personne au second tour. Pendant ce temps, Marine Le Pen a repris la main, annoncé son ticket avec Jordan Bardella pour Matignon, et caracole entre 31 et 36 % dans toutes les configurations testées. Ce n'est plus une compétition — c'est une démonstration. Et si rien ne change d'ici l'automne, l'histoire retiendra que la droite de gouvernement a perdu 2027 non pas parce qu'elle avait tort, mais parce qu'elle n'a pas su compter jusqu'à deux.


I — L'arithmétique de la défaite

Commençons par les chiffres, puisqu'ils ont le mérite de ne pas avoir d'ego.

Le Rassemblement national domine toutes les configurations testées, entre 31 et 36 % au premier tour. Marine Le Pen a levé l'hypothèque judiciaire qui pesait sur elle : le 7 juillet 2026, la cour d'appel de Paris a confirmé sa condamnation pour détournement de fonds européens, mais ramené son inéligibilité à 45 mois dont 30 avec sursis — les 15 mois fermes ayant déjà couru. Elle est donc éligible. Le soir même, sur TF1, elle annonçait sa candidature et son « ticket gagnant » avec Jordan Bardella, promis à Matignon. « Ce couple politique que nous formons peut vraiment changer les choses. »

Une épée de Damoclès subsiste : le pourvoi en cassation, dont l'arrêt pourrait tomber d'ici début avril 2027 — quelques jours avant le premier tour du 18 avril. L'historien Jean Garrigues résume : « C'est quitte ou double. » L'économiste Renaud Foucart, lui, y voit « un calcul personnel » et « la défense de la dynastie Le Pen ». Peut-être. Mais en attendant, le calcul fonctionne.

Édouard Philippe oscille entre 13 et 20 % selon les configurations. Il a lancé sa campagne le 5 juillet à l'Adidas Arena devant 5 200 personnes, sous le slogan « Croire en nous ». Le baromètre Odoxa l'a montré cet été : quatre points perdus en deux mois, et le voilà battu 48-52 au second tour face au RN, alors qu'il gagnait deux mois plus tôt. Gaël Sliman, président d'Odoxa : « Pour lui, c'est un retour à la case départ. »

Bruno Retailleau, candidat officiel des Républicains, plafonne entre 7,5 et 10 %. Un sondage Ifop publié le jour de son annonce indiquait que 69 % des Français estimaient qu'il n'avait pas ce qu'il faut pour être président. Au second tour, il serait balayé 42-58.

David Lisnard n'est même pas testé dans la plupart des enquêtes. Ayant quitté LR pour fonder Nouvelle Énergie, il a lancé sa campagne à Saint-Raphaël le 3 juillet devant 1 500 personnes. Son discours de Bayeux du 17 juin, prononcé sur la place du Général-de-Gaulle quatre-vingts ans jour pour jour après le discours fondateur de 1946, restera comme le texte le plus construit de cette pré-campagne. Il n'a fait aucune Une.

Gabriel Attal, enfin, brouille toutes les cartes — j'y reviens plus loin. Testé à 4-5 % en présence de Philippe, il grimpe à 11-13 % comme candidat unique du bloc central.

Reconquête est éclaté entre Zemmour et Knafo, autour de 3 à 5 %. Et Éric Ciotti, avec son UDR, a déjà rallié Marine Le Pen — perte sèche.

Faites l'addition. LR, Nouvelle Énergie, l'UDI, ce qui reste de Reconquête : dans la meilleure des hypothèses, et en supposant — ce qui n'arrive jamais — que les voix s'additionnent parfaitement, on atteint péniblement 15 à 18 %. C'est-à-dire moins que Philippe seul. C'est-à-dire la moitié du RN. C'est-à-dire l'élimination au premier tour.

Voilà l'arithmétique. Elle est cruelle, mais elle a le mérite d'être claire.


II — Le musée des perdants

Comment en est-on arrivé là ? Par la faute d'une caste qui a fait passer, une fois de plus, ses trajectoires personnelles avant l'intérêt de son camp et donc du pays.

Et il faut le dire sans détour : depuis vingt ans, la droite française a produit une génération de dirigeants dont le seul talent commun aura été de perdre. Jean-François Copé et sa présidence de l'UMP transformée en champ de ruines, avec un congrès de 2012 dont le pays se souvient encore comme d'une farce. Xavier Bertrand, qui n'a jamais renoncé à se croire providentiel, éliminé au premier tour du congrès LR de 2021 avant de passer les années suivantes à commenter les échecs des autres. Valérie Pécresse et son score de 4,78 % en 2022 — le pire de l'histoire du parti gaulliste — après un meeting du Zénith qui restera comme un cas d'école de maladresse politique. Et aujourd'hui Laurent Wauquiez, qui a poussé le cynisme un cran plus loin.

Le 1er juillet, Wauquiez tournait publiquement le dos à Retailleau — candidat investi par son propre parti — pour rallier Philippe, celui-là même qu'il dénonçait l'an dernier comme « le macronisme sans Macron ». Ses collègues ne s'y sont pas trompés. Max Brisson, sénateur : « S'il veut aller à la soupe, qu'il se dépêche. » Céline Imart, eurodéputée : « C'est beau, la constance des convictions. » Julien Aubert : « Dix années d'opposition au macronisme le conduisent à imaginer soutenir son héritier. »

Incompétence, maladresse, cynisme, ego dévastateur : voilà le quarté gagnant de la droite depuis vingt ans. Ces hommes et ces femmes n'ont pas seulement perdu des élections — ils ont dilapidé un capital de confiance qu'il faudra des années à reconstruire. Et le plus consternant, c'est qu'ils sont toujours là, à donner des leçons, à distribuer des soutiens, à négocier des places. Comme si perdre était devenu une compétence.

Quant aux quatre candidats actuels, chacun joue sa partition sans écouter l'orchestre. Retailleau s'arc-boute sur une investiture partisane que le pays ne reconnaît pas. Lisnard a raison sur le fond mais parle dans le désert faute d'appareil. Philippe refuse toute primaire parce qu'il est en tête. Attal fait cavalier seul en misant sur le renouvellement. Quatre stratégies personnelles, zéro stratégie collective.


III — Philippe : la tiédeur érigée en programme

Arrêtons-nous sur le favori, puisque tout indique qu'il sera le point de ralliement du camp modéré.

Le message central de son meeting parisien tient en une phrase : « Je demanderai des efforts, mais des efforts justes, partagés et étalés dans le temps. »

Étalés dans le temps. Voilà le problème, et il est plus grave que le déficit de crédibilité personnelle. Car la situation du pays n'autorise plus l'étalement. Avec 3 556 milliards d'euros de dette, une charge d'intérêts de 74 milliards devenue le premier poste budgétaire de l'État, un déficit qui refuse de se résorber et trois agences de notation qui nous dégradent, la France n'a plus le luxe du temps long. Quand la maison brûle, on ne répartit pas l'effort sur cinq ans — on court chercher l'extincteur. Proposer des « efforts étalés » à un pays qui fonce dans le mur, c'est prescrire un régime alimentaire à un patient en arrêt cardiaque.

Et les Français l'ont compris avant les commentateurs : 64 % estiment qu'il est mal placé pour incarner une rupture avec le président sortant.

Il faut dire aussi ce que personne n'ose formuler dans son camp : Édouard Philippe est un pur produit du sérail. Sciences Po, ENA, cabinets ministériels, Matignon. Exactement la filière qui gouverne ce pays depuis cinquante ans et qui l'a conduit là où il est. On peut trouver l'homme brillant — il l'est. On peut apprécier sa maîtrise du dossier — elle est réelle. Mais demander à l'entre-soi énarchique de réformer l'État que l'entre-soi énarchique a bâti, c'est demander au pompier pyromane d'éteindre son propre incendie.

Ajoutons une pièce au dossier, qui dit tout de sa boussole politique. Aux législatives de juillet 2024, appliquant sa doctrine du « ni RN ni LFI », Édouard Philippe a annoncé sur TF1 qu'il voterait, dans la 8ᵉ circonscription du Havre, pour le candidat communiste Jean-Paul Lecoq — son adversaire local, celui-là même qui tentait de lui reprendre sa ville. « Je préfère un élu avec lequel j'ai des désaccords, mais avec qui je peux travailler », expliquait-il alors. On appréciera la souplesse. On notera surtout qu'un homme capable d'appeler à voter PCF au nom du pragmatisme ne sera jamais l'homme d'une rupture.


IV — Le ralliement Darmanin : un non-événement aux lourdes conséquences

Le 17 août, Gérald Darmanin annonçait dans La Voix du Nord qu'il renonçait à se présenter et soutenait Édouard Philippe, « pour ne pas rajouter de la division ». Avant lui, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon et le ministre Mathieu Lefèvre avaient fait de même.

Que les choses soient claires : c'est un non-événement. Céline Imart, secrétaire nationale des Républicains, l'a résumé d'une phrase parfaite : « C'est simplement un macroniste qui rejoint un autre macroniste. » Darmanin n'apporte pas une voix qui n'était pas déjà dans le camp de Philippe. Il apporte une image — celle du rassemblement — et un carnet d'adresses. Rien de plus.

Mais ce non-événement a une conséquence politique lourde, et c'est là qu'il faut être attentif. Chaque ralliement supplémentaire tire Philippe vers la tiédeur. Un candidat qui doit ménager Darmanin, les ministres en exercice, une partie de Renaissance, les élus LR ralliés par Wauquiez et le MoDem, est un candidat condamné au plus petit dénominateur commun. Or le plus petit dénominateur commun d'une coalition aussi large, c'est : ne toucher à rien d'essentiel.

Et l'essentiel, aujourd'hui, c'est la réforme de l'État social. Car aucun redressement budgétaire n'est possible sans elle. Les réformes économiques et fiscales ne suffiront pas : il faudra s'attaquer aux arrêts de travail, dont l'explosion coûte des milliards chaque année ; à l'assurance chômage, dont les règles n'incitent pas assez au retour à l'emploi ; aux retraites, dont l'équilibre reste introuvable. Ce sont les trois sujets qui fâchent, les trois que personne ne veut ouvrir, les trois qui décideront pourtant si la France se redresse ou coule.

Croyez-vous qu'une coalition allant de Darmanin à Wauquiez, en passant par le MoDem et une partie de Renaissance, ouvrira ces trois chantiers ? Croyez-vous qu'un homme qui promet des « efforts étalés dans le temps » avant même d'être élu ira arracher ce qu'il faut arracher ? Et si l'on ajoute l'hypothèse — largement commentée dans les couloirs — d'un Xavier Bertrand à Matignon pour prix de son soutien, alors la messe est dite : tiédeur à tous les étages, et zéro réforme structurelle garantie pour cinq ans.

Cinq ans de plus. Nous n'en avons pas cinq.


V — Attal, ou le plagiaire qui gêne tout le monde

Il faut maintenant parler du candidat dont personne ne sait quoi faire : Gabriel Attal.

Officiellement candidat depuis le 22 mai, adoubé par 91 % du Conseil national de Renaissance, l'ancien Premier ministre a passé l'été à travailler pendant que les autres bronzaient. Et il a fait un choix stratégique fascinant : draguer ouvertement l'électorat de droite.

Jugez plutôt. Des quotas limitatifs d'immigration économique votés chaque année par le Parlement. La priorité à l'immigration de travail sur le regroupement familial. Un déplacement médiatisé sur un terrain occupé illégalement en Vendée, provoquant une passe d'armes avec Mélenchon. Une présence assumée dans les médias de la sphère Bolloré. Et, dans le JDD du 1er août, cette annonce : « Je propose la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 » — avec une journée référendaire annuelle pour consulter le peuple.

Tiens donc. Le référendum régulier. La réforme institutionnelle. La maîtrise migratoire. L'autorité. Où a-t-on déjà entendu cela ?

David Lisnard, lui, ne s'y est pas trompé. Il a publiquement adressé à Attal, sur X, une « facture de droits d'auteur » pour des propositions qu'il avait « énoncées notamment à Bayeux en juin ». La formule est drôle. Elle est surtout révélatrice.

Car voilà la situation absurde dans laquelle se trouve la droite : ses idées gagnent le débat public au point d'être reprises par le candidat du parti d'Emmanuel Macron et elle n'est même pas capable de les porter elle-même de façon unie. Le programme de la droite est en train d'être vendu par d'autres, sous une autre marque, avec un autre visage. Et pendant qu'Attal encaisse les dividendes politiques de ce hold-up intellectuel, ceux qui ont écrit les idées se disputent pour savoir lequel d'entre eux les défendra.

Il y a là une leçon, et elle est cruelle : les idées voyagent plus vite que les hommes. Si la droite ne les incarne pas, d'autres le feront à sa place — moins bien, plus mollement, mais avec plus de moyens et plus de micros.


VI — Scénario 1 : l'alliage centre-droit, ou le renoncement organisé

Venons-en aux issues possibles. Il y en a quatre, et je vais les examiner honnêtement — y compris celles qui ne me plaisent pas.

Le premier scénario est celui que la mécanique rend le plus probable : un ralliement progressif de LR à Édouard Philippe. Wauquiez a ouvert la voie, Darmanin l'a élargie. La pression sera considérable à l'automne : « il faut se rassembler derrière celui qui peut gagner ».

L'avantage est réel : c'est la seule configuration qui met aujourd'hui un candidat non-RN en position de figurer au second tour.

Le prix est exorbitant. C'est le recyclage du macronisme sous une étiquette nouvelle. C'est enterrer la rupture pour cinq ans de plus. C'est demander aux électeurs de droite de voter pour l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron, comptable des gilets jaunes et du premier confinement. Et c'est parier sur un homme dont deux Français sur trois disent déjà qu'il ne peut pas incarner le changement.

Ce scénario ne gagne pas une élection : il gagne un tour de piste. Et il garantit qu'en 2032, le RN sera à 45 %.


VII — Scénario 2 : l'alliage des droites, ou la cohérence sans les moyens

Le deuxième scénario est celui qui me séduit doctrinalement : l'union de la droite de conviction — LR, Nouvelle Énergie, l'UDI, ce qui reste de Reconquête — autour d'un programme commun de rupture.

L'avantage est la cohérence. Ces formations convergent sur l'essentiel : maîtrise de l'immigration, restauration de l'autorité, réduction de la dépense publique, souveraineté face à la CEDH et à Bruxelles, décentralisation réelle. Le socle existe déjà, dispersé entre le discours de Bayeux, les propositions de Retailleau et les positions de l'UDI. Il ne demande qu'à être écrit.

Et je dois être honnête sur sa faiblesse, parce que ne pas la nommer serait vous prendre pour des imbéciles : cet alliage ne suffit pas aujourd'hui à qualifier un candidat au second tour. Quinze à dix-huit pour cent, ce n'est pas assez. Pire : une alliance perçue comme trop dure ferait fuir l'électorat modéré vers Philippe, tandis qu'une alliance perçue comme trop molle verrait l'électorat Reconquête filer au RN. C'est l'équation infernale de la droite depuis vingt ans.

Est-ce une raison pour y renoncer ? Non — mais c'est une raison pour ne pas en faire un pari présidentiel isolé. Cette union a du sens comme socle programmatique et législatif, pas comme simple addition de candidatures. J'y reviens.


VIII — Scénario 3 : la primaire ouverte, et la remontada qu'on n'attend pas

Le troisième scénario est celui que Lisnard réclame, et que je défends : une primaire ouverte à tous les électeurs de droite et du centre-droit, précédée de la signature d'un contrat programmatique.

Le mécanisme est simple. Cet automne — il est déjà tard — les formations concernées signent un contrat de gouvernement commun. Puis elles organisent une primaire ouverte aux sympathisants. Le vainqueur porte le contrat. Les perdants s'engagent à le soutenir et occupent des positions dans le dispositif législatif.

L'avantage est triple. Elle légitime le vainqueur par le suffrage plutôt que par un accord d'appareil — ce qui répond directement au handicap de Retailleau, dont le problème est moins le fond que l'onction. Elle crée un événement médiatique qui force les rédactions à parler de la droite pendant six semaines — ce qui répond au problème de Lisnard, brillant et invisible. Et elle subordonne les ego au verdict populaire — ce qui répond au problème de tous.

Et n'excluons rien. Une remontada de Retailleau à l'automne n'est pas impossible. Les sondages à huit mois se trompent une fois sur deux — les instituts eux-mêmes le rappellent. Une campagne de terrain, une séquence sécuritaire, un budget catastrophique, un dérapage de la concurrence : il en faut moins pour redistribuer les cartes. Ceux qui enterrent Retailleau aujourd'hui sont les mêmes qui donnaient Philippe vainqueur au second tour il y a trois mois.

L'obstacle reste évident : Philippe n'a aucun intérêt à une primaire tant qu'il est en tête. Mais et c'est le point à surveiller — cet argument s'effondre le jour où les sondages le donnent perdant au second tour. Or c'est déjà le cas chez Odoxa. Si cette tendance se confirme à l'automne, la primaire cesse d'être une menace pour Philippe : elle devient sa planche de salut, le seul moyen de retrouver une légitimité et une dynamique. Ce qu'il refuse aujourd'hui par confort, il pourrait le réclamer demain par nécessité.


IX — Scénario 4 : la plateforme législative, et pourquoi ce n'est pas un renoncement

Reste le quatrième scénario, et c'est celui qui me paraît le plus important — parce qu'il est le seul que personne ne travaille sérieusement.

Il consiste à construire, dès cet automne, une plateforme programmatique commune pour les élections législatives qui suivront la présidentielle. Un contrat de gouvernement signé par toutes les formations de la droite et du centre-droit, avec des candidatures uniques dans chaque circonscription.

On m'objectera aussitôt : « n'est-ce pas admettre qu'on part divisés à la présidentielle, avec l'échec assuré au bout, et donner de fait un blanc-seing à Marine Le Pen ? »

La question est juste, et je veux y répondre franchement. Oui, si on conçoit cette plateforme comme un plan B. Une organisation législative pensée comme un lot de consolation après une présidentielle perdue d'avance, c'est un renoncement déguisé : on annonce à ses électeurs qu'on a abandonné l'Élysée, et on leur demande de se mobiliser quand même. Personne ne se lève pour ça.

Mais non, si on inverse l'ordre des opérations. Et c'est tout l'enjeu.

Le contrat programmatique doit venir avant, pas après. On écrit d'abord le programme commun ; le candidat en sort ensuite.

Trois raisons.

D'abord, c'est le seul moyen de neutraliser les ego. Tant que le débat porte sur « qui sera candidat », chacun défend sa personne et personne ne bouge. Dès que le débat porte sur « quel programme », les mêmes hommes se découvrent d'accord sur l'essentiel — et celui qui refuse de signer se disqualifie tout seul.

Ensuite, ça donne au candidat ce qui lui manque cruellement : la crédibilité de l'exécution. Le reproche fait à Retailleau n'est pas idéologique, il est pratique : les Français ne le voient pas gouverner. Un candidat adossé à un contrat signé par plusieurs formations et à une majorité législative identifiée, ce n'est plus un homme seul avec 8 % — c'est une équipe avec un projet.

Enfin, la configuration actuelle de l'Assemblée nationale l'impose. Regardons les choses en face : depuis la dissolution de 2024, aucune majorité n'existe. Trois blocs s'annulent, quatre Premiers ministres se sont succédé, les budgets passent au 49.3 ou ne passent pas. Cette fragmentation n'est pas un accident conjoncturel : elle reflète une fragmentation profonde du corps électoral français, que la prochaine présidentielle ne résorbera pas d'un coup de baguette. Quel que soit le vainqueur en avril 2027, il devra composer en juin. Autrement dit : la France est entrée dans l'ère des coalitions, et celui qui n'aura pas préparé sa coalition ne gouvernera pas. Écrire une plateforme commune n'est donc pas une option stratégique parmi d'autres — c'est la condition d'exercice du pouvoir.

Ce dernier point touche directement au ticket Le Pen-Bardella. Cette promesse de Matignon ne vaut que si le RN décroche une majorité aux législatives. Sans elle, elle ne vaut rien. Rien n'oblige un président à nommer le Premier ministre qu'il avait promis en campagne quand l'Assemblée en désigne un autre. Une droite organisée aux législatives ne serait donc pas une droite résignée : elle serait le seul levier capable de déterminer qui gouverne réellement le pays, quel que soit le nom sur la porte de l'Élysée.

On ne perd pas parce qu'on prépare les législatives. On perd parce qu'on ne prépare que la présidentielle.


X — Unifier autour d'un programme, pas autour d'un homme

Voilà où j'en arrive, et c'est la thèse que je défends sur ce blog depuis le premier article.

Le problème de la droite française n'est pas qu'elle manque de candidats — elle en a quatre. Ce n'est pas non plus qu'elle manque d'idées — elle en a tant qu'Attal se sert dedans à pleines mains. Son problème est qu'elle cherche depuis vingt ans un homme providentiel au lieu de construire un contrat clair.

Or ce contrat est à portée de main. Regardez ce qui rassemble déjà Lisnard, Retailleau, et ce que je développe ici depuis des mois : le retour à la souveraineté face à l'Union européenne et à la CEDH. La maîtrise réelle de l'immigration. La restauration de l'autorité et la refondation de la justice. La décentralisation en provinces dotées d'un vrai pouvoir réglementaire. La réduction massive de la dépense publique et de l'écart entre le brut et le net. La réforme de l'État social — arrêts de travail, assurance chômage, retraites — sans laquelle rien ne tient. Le référendum rendu au peuple sur tous les sujets. La fin du gouvernement des juges.

Ce n'est pas un programme de compromis : c'est un programme de rupture, et il existe déjà. J'en ai proposé la traduction opérationnelle dans ma feuille de route des 100 jours — avec un calendrier, des instruments juridiques identifiés, et quatre référendums le même jour. Que Lisnard, Retailleau ou un autre le porte m'importe moins que le fait qu'il soit porté.

Car voilà la vérité que la droite refuse de regarder : les Français ne demandent pas qu'on leur désigne un chef. Ils demandent qu'on leur dise ce qu'on va faire, dans quel ordre, et avec quels moyens. Le RN, lui, l'a compris depuis longtemps — c'est pourquoi il a construit une machine, un appareil, une doctrine, et qu'il gagne des élections avec des candidats interchangeables.

Il reste huit mois. C'est peu, mais c'est assez pour signer un contrat. Ce n'est pas assez pour fabriquer un homme providentiel.


La droite la plus bête du monde n'est pas condamnée à le rester. Mais si elle se présente divisée en avril 2027, elle n'aura pas perdu contre Marine Le Pen. Elle aura perdu contre elle-même et elle n'aura pas d'excuse.



Un Citoyen engagé — Août 2026



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