L'Islande dit non à Bruxelles : et si les Français avaient, eux aussi, le droit de trancher ?

Samedi, les Islandais ont été appelés aux urnes pour une question simple : leur pays doit-il rouvrir les négociations d'adhésion à l'Union européenne ? La réponse est tombée dimanche, nette : 52,8 % de non contre 47,2 % de oui. Un petit pays de moins de 400 000 habitants vient de dire, en toute souveraineté, qu'il préfère rester à distance de Bruxelles plutôt que de s'y arrimer davantage. Ce vote mérite qu'on s'y arrête, bien au-delà de l'anecdote diplomatique.
Un symptôme, pas un accident
Ce qui frappe dans ce résultat, ce n'est pas seulement son sens, c'est son écho. Depuis le lancement de ce blog, article après article, un même fil directeur s'est dégagé : celui d'un refus grandissant, partout en Europe, de continuer à subir une Union toujours plus fédérale, toujours plus technocratique, toujours plus éloignée des peuples qui la composent. L'Islande vient d'en administrer une nouvelle preuve, éclatante, et parfaitement démocratique.
Les partisans islandais du non ont mis en avant des arguments qui résonneront à n'importe quel Français un peu attentif : la crainte de perdre le contrôle de leurs zones de pêche, la défense de leur indépendance, le refus de voir Bruxelles décider à leur place de sujets qui engagent leur souveraineté. La cheffe de l'opposition islandaise, qui a mené la campagne victorieuse du non, a résumé les choses avec une formule limpide : ce ne sont pas des problèmes que Bruxelles va résoudre à la place des Islandais.
Bruno Le Maire, le mur islandais
Ce vote islandais tombe à un moment particulièrement mal choisi pour Bruno Le Maire, dont on évoquait récemment le projet de fédération à six pays, censé renforcer le poids de la France et de ses partenaires européens face au reste du monde. Pendant que l'ancien ministre de l'Économie imagine ajouter un étage fédéral supplémentaire à une Union déjà jugée trop lointaine, un pays européen, consulté démocratiquement, referme la porte à toute intégration plus poussée pour au moins deux ans. Le décalage est total. Bruno Le Maire veut plus d'Europe fédérale quand les peuples, chaque fois qu'on les consulte réellement, en demandent moins. C'est bien la preuve, une fois de plus, que ce projet ne correspond à aucune demande populaire, ni en France, ni ailleurs.
Des voix qui ne s'y sont pas trompées
Les réactions n'ont pas tardé du côté des souverainistes français. Nicolas Dupont-Aignan a salué, sur les réseaux, le fait que les Islandais aient eu le droit de se prononcer là où les Français, eux, avaient vu leur non de 2005 purement et simplement ignoré par l'adoption forcée du traité de Lisbonne quelques années plus tard. Il a résumé l'Union européenne actuelle comme une structure devenue, à ses yeux, un carcan plutôt qu'un projet politique désirable, citant pêle-mêle la toute-puissance de la Commission, la justice supranationale, la pêche, l'énergie, les frontières. D'autres voix souverainistes, en Suisse notamment, ont vu dans ce vote islandais un encouragement à résister, elles aussi, à tout approfondissement des liens avec Bruxelles.
Ce que l'Islande dit de la France de 2005
Le parallèle avec notre propre histoire est trop évident pour être ignoré. En 2005, les Français, comme les Néerlandais, avaient rejeté par référendum le traité constitutionnel européen. La réponse de nos gouvernants n'avait pas été d'entendre ce non, mais de le contourner : deux ans plus tard, l'essentiel de ce texte revenait, sous une autre forme, dans le traité de Lisbonne, ratifié cette fois par la seule voie parlementaire. Les Français ont ainsi appris, à leurs dépens, que leur vote pouvait être respecté en façade et ignoré dans les faits. L'Islande, elle, vient de montrer qu'un référendum peut encore avoir une vraie portée, pour peu qu'on accepte réellement d'en tenir compte.
Ce que la France devrait faire au lendemain de 2027
C'est précisément pour cette raison qu'il faut redire, ici, une conviction déjà exprimée sur ce blog : au lendemain de l'élection de 2027, quel qu'en soit le vainqueur, un référendum devra être posé aux Français sur l'avenir de leurs rapports avec l'Union européenne. Ce référendum devrait porter sur plusieurs points précis :
● la sortie de l'espace Schengen, pour que la France retrouve la maîtrise pleine et entière de ses frontières ;
● la sortie de la Convention européenne des droits de l'homme, dont l'interprétation par la Cour de Strasbourg entrave de plus en plus la capacité de l'État à mener une politique migratoire et sécuritaire cohérente ;
● une réforme profonde des traités européens, remplaçant la Commission européenne par un simple secrétariat exécutif, et redonnant l'essentiel du pouvoir de décision au Conseil européen et au Conseil des ministres, c'est-à-dire aux États eux-mêmes et à leurs gouvernements légitimement élus ;
● la fin de la distinction entre compétences exclusives et compétences partagées de l'Union, au profit d'un unique bloc de politiques communes, clairement délimité et strictement encadré ;
● le maintien, en toutes circonstances, du droit de veto des États membres sur les décisions qui engagent leur souveraineté.
Et si les autres États membres refusaient d'ouvrir ce chantier de réforme des traités, la France devrait alors avoir le courage d'adopter une politique de la chaise vide au sein des institutions européennes, le temps qu'il faudra. Ce ne serait que la stricte application d'un vote populaire que l'on n'a, précisément, jamais respecté depuis 2005. Les Islandais viennent de nous rappeler qu'un peuple a le droit d'être entendu. Il est temps que la France, elle aussi, exige ce droit pour elle-même.
Ce blog portera dans les prochaines semaines une pétition adressée aux candidats à l'élection présidentielle de 2027, pour leur demander de s'engager à organiser ce référendum au lendemain du scrutin, avec un mandat clair donné au futur gouvernement. Les détails suivront très prochainement.
Un Citoyen Engagé
Août 2026



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