L’inconscience faite doctrine : quand la gauche prône l’appauvrissement et oublie qu’un pays sans enfants n’a pas d’avenir
- Stephan P
- il y a 4 jours
- 11 min de lecture

J’aime prendre les thèmes épars de notre actualité moribonde et en tirer un fil rouge, celui de l’absurdie tranquille dans laquelle nous avons appris à vivre. Cette semaine, trois fils se rejoignent : une gauche économique qui défend méthodiquement les recettes qui ont ruiné Cuba et le Venezuela, un PS qui fait la course à l’échalote fiscale avec les Insoumis, et un économiste star qui propose sérieusement aux Français de s’appauvrir « pour la justice mondiale ». Et au bout de ce fil, un pays qui meurt à petit feu, faute d’enfants, sans que personne n’ose poser la seule question qui vaille : quelle France voulons-nous dans trente ans ?
I — Le programme économique de LFI : le manuel du désastre, chapitre par chapitre
Commençons par regarder en face ce que propose La France insoumise — non pas pour caricaturer, mais pour prendre au sérieux des idées qui pourraient demain gouverner la France.
Le programme économique mélenchoniste repose sur quelques piliers : SMIC à 1 600 euros net imposé par décret, retraite à 60 ans, blocage des prix sur les biens de première nécessité, nationalisations massives, taxation confiscatoire du capital et des hauts revenus, dépense publique débridée financée par la dette et la planche à billets. Le tout enrobé dans une rhétorique de « planification écologique » et de « partage des richesses ».
Le problème, c’est que ce catalogue n’est pas une nouveauté. Il a déjà été appliqué. Et nous savons exactement ce qu’il produit.
Le blocage des prix ? C’est ce qu’a fait le Venezuela de Chávez puis de Maduro. Résultat : pénuries généralisées, rayons vides, marché noir, et une inflation qui a dépassé le million de pourcent. Quand l’État décrète qu’un produit doit coûter moins cher que son coût de production, les producteurs cessent de produire. C’est une loi économique aussi implacable que la gravité.
Les nationalisations massives ? C’est Cuba, où l’État a tout absorbé — l’industrie, le commerce, l’agriculture. Résultat : une île figée dans le temps, où le salaire moyen plafonne à quelques dizaines de dollars par mois, où l’on répare des voitures des années 1950 faute de pouvoir en acheter de nouvelles, et d’où la jeunesse ne rêve que d’une chose : partir.
La planche à billets et la dette sans limite ? C’est l’Argentine péroniste, le Venezuela, le Zimbabwe — partout où l’on a cru qu’on pouvait distribuer de la monnaie sans créer de richesse. Partout, le même résultat : effondrement de la monnaie, destruction de l’épargne des plus modestes, fuite des capitaux et des cerveaux.
Mélenchon se fait régulièrement le chantre de ces régimes. Il a salué Chávez, défendu Castro, multiplié les ambiguïtés sur Maduro. Ce n’est pas un accident de parcours : c’est la cohérence d’un homme qui partage leur logiciel idéologique. Et ce logiciel, partout où il a été appliqué, a produit la misère de masse, jamais la prospérité partagée. Pas une seule fois dans l’histoire.
II — Le PS : la course à l’échalote fiscale
On pourrait croire que le Parti socialiste, héritier d’une tradition de gouvernement, jouerait le rôle de modérateur face à la radicalité insoumise. C’est l’inverse qui se produit. Plutôt que de tenir une ligne sociale-démocrate raisonnable, le PS s’est lancé dans une surenchère fiscale avec LFI — une course à l’échalote où chacun rivalise d’inventivité pour taxer toujours plus.
Le programme fiscal du PS est édifiant. Il propose de remettre en place l’Impôt sur la fortune et de l’élargir progressivement à l’ensemble du patrimoine des personnes privées, avec une augmentation de la progressivité — un nouvel impôt baptisé Impôt global sur le patrimoine, tendant à terme vers une « Taxe sur l’actif net ».  Autrement dit : non seulement rétablir l’ISF que l’on sait fuyant et faiblement rentable, mais l’étendre à tout le patrimoine, sans limite.
Le PS s’est aussi fait le porte-drapeau de la fameuse taxe Zucman, un impôt plancher équivalent à 2 % du patrimoine net des ultra-riches dépassant 100 millions d’euros.  Une mesure présentée comme indolore puisqu’elle ne toucherait « que » 1 800 foyers comme si la France pouvait faire l’économie de ceux qui investissent, créent et emploient.
Or, comme le rappelle l’analyse la plus élémentaire de ce type d’impôt, l’évaluation du patrimoine s’avère particulièrement complexe, et en réaction à l’introduction de nouvelles taxes, les individus fortunés ont tendance à se déplacer à l’étranger ; de ce fait, les impôts sur la fortune génèrent des recettes fiscales relativement faibles.  Le PS le sait. Mais peu importe le rendement réel : ce qui compte, c’est le symbole, la pulsion punitive, la satisfaction morale de « faire payer les riches » même si, au bout du compte, ce sont les classes moyennes qui paient toujours l’addition quand les riches sont partis.
J’ai développé ailleurs sur ce blog cette mécanique de la surenchère fiscale socialiste. Le constat est toujours le même : un parti qui se prétend de gouvernement mais qui, sur le fond, a renoncé à la création de richesse pour ne plus penser qu’en termes de redistribution d’un gâteau qu’il contribue lui-même à faire rétrécir.
III — Piketty ou l’appauvrissement érigé en vertu : « Français, appauvrissez-vous »
Cette erreur fondamentale, un homme vient de la pousser à son paroxysme intellectuel : Thomas Piketty.
Son dernier rapport, Planetary Habitability, Global Convergence, est un monument d’utopie confiscatoire et Piketty lui-même qualifie sa vision d’« utopique », ce qui devrait alerter. L’objectif central est la convergence des revenus moyens de tous les pays vers 5 000 euros par mois et par habitant d’ici 2100. Le scénario repose sur des trajectoires de croissance différenciées : 0 à 0,5 % par an dans les régions les plus riches comme l’Europe et l’Amérique du Nord, 3 à 4 % par an en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. 
Traduisons en français clair. Le plan consiste à imposer aux pays développés — donc à la France — une croissance quasi nulle, c’est-à-dire un appauvrissement relatif organisé, volontaire, assumé. L’instrument financier serait un « Fonds pour la justice mondiale » dont les dépenses représenteraient en moyenne 10,3 % du PIB mondial par an, financé par un impôt sur le patrimoine pouvant atteindre 20 % et une imposition des très hauts revenus pouvant atteindre 90 %.  Piketty présente lui-même la taxation des plus riches comme « la forme la plus évidente de réparations ». 
Arrêtons-nous sur ce que cette pensée révèle, car c’est vertigineux.
D’abord, elle traite les Français comme des coupables qui doivent expier. Vous gagnez correctement votre vie ? Appauvrissez-vous, c’est une « réparation ». Votre pays a innové, créé, produit ? Il doit stagner pour que les autres rattrapent. C’est une inversion morale totale : la réussite devient une faute.
Mais le plus condescendant est ailleurs, dans le regard porté sur l’Afrique. Le projet Piketty dit en substance : « Français, appauvrissez-vous ; Africains, ne vous inquiétez pas, on vient vous aider. » Il renvoie des continents entiers au statut d’éternels assistés, incapables de créer leur propre richesse, condamnés à attendre la redistribution des riches repentis.
Or c’est factuellement faux, et c’est même une insulte. Car beaucoup de pays africains n’ont pas attendu Piketty ni la charité culpabilisée de l’Occident pour afficher des taux de croissance que nous pourrions leur envier. Pendant que la France végète autour de 1 %, des pays comme la Côte d’Ivoire, le Rwanda, le Sénégal, l’Éthiopie ou le Bénin alignent depuis des années des croissances de 5, 6, parfois 7 % portées par leur démographie, leur énergie entrepreneuriale, leur appétit de développement. Ces peuples n’ont pas besoin qu’on les prenne pour des mineurs économiques à perfuser. Ils ont besoin qu’on traite avec eux d’égal à égal, par le commerce et l’investissement, pas par l’aumône organisée. La vision de Piketty est non seulement ruineuse pour la France, elle est paternaliste, presque néocoloniale dans son mépris, à l’égard de l’Afrique.
C’est là que se rejoignent Mélenchon, le PS et Piketty : ils partagent la même erreur fondamentale. Comme le résume Contrepoints, on ne soigne pas la pauvreté en plafonnant la prospérité, de la même manière qu’on ne soigne pas l’éducation en plafonnant le niveau de ses bons élèves.  Et surtout : la richesse n’est pas un gâteau fixe qu’on se partage, mais un flux qu’on crée. Confisquer jusqu’à 90 % du revenu, c’est détruire le moteur qui a produit cette richesse. 
IV — Le mur démographique : pendant qu’on débat de redistribution, le pays se vide
Et c’est ici qu’intervient le sujet dont personne ne veut vraiment parler, parce qu’il est moins glamour que les grands soirs fiscaux : la France n’a bientôt plus assez d’enfants pour faire vivre quelque modèle social que ce soit.
Les chiffres sont sans appel. En 2025, pour 645 000 naissances, il faut déplorer 651 000 décès pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel de la population française est devenu négatif.  L’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit à 1,56 enfant par femme en 2025, très en deçà du seuil de renouvellement de 2,1.  Au 1er janvier 2026, 22 % de la population a au moins 65 ans, soit presque la même proportion que les moins de 20 ans. 
Voyez l’ironie tragique. La gauche veut financer toujours plus de redistribution, toujours plus de retraites par répartition. Mais la répartition suppose des actifs pour payer. Et les actifs, ce sont les enfants d’aujourd’hui. Un pays qui ne fait plus d’enfants scie la branche sur laquelle repose tout son édifice social.
L’Opinion et la mission parlementaire de Constance de Pélichy et Jérémie Patrier-Leitus avancent des solutions : création d’une allocation unique de 250 euros par enfant et par mois , congé de naissance, lutte contre l’infertilité. Des mesures bien intentionnées, mais qui passent à côté du problème. Car comme le rappelle l’iFRAP, il est très compliqué d’établir un lien de causalité entre politique nataliste généreuse et hausse de la fécondité ; la baisse est un phénomène mondial qui touche tous les pays développés, quelle que soit leur politique familiale.  Ou, dans la formule de l’économiste Maxime Sbaihi : « Aucun bébé n’est né d’un crédit d’impôt ou d’une incitation fiscale. » 
V — L’immigration de compensation : le mirage qui aggrave le mal
Face au mur démographique, une partie de la classe politique brandit la même réponse paresseuse : l’immigration compenserait la dénatalité. C’est un mirage et un mirage qui se retourne contre les comptes sociaux qu’il prétend sauver.
Une immigration non maîtrisée et non choisie, ce n’est pas l’arrivée providentielle de cotisants. C’est, pour une large part, l’accueil d’une immigration dont l’employabilité — pour reprendre le terme de Tony Blair, qui n’avait rien d’un homme de droite — n’est plus garantie. Pourquoi ? Parce que notre industrie, qui absorbait autrefois la main-d’œuvre peu qualifiée, est devenue exsangue. La France a désindustrialisé à marche forcée pendant quarante ans. Les usines qui offraient un emploi et une intégration par le travail à des générations d’immigrés ont fermé. On accueille donc une main-d’œuvre dans une économie qui n’a plus les emplois correspondants.
Le problème n’est pas l’origine des personnes, il est dans l’absence de toute politique sérieuse de sélection et d’intégration. C’est exactement le constat que dresse David Lisnard quand il distingue l’immigration d’hier, « maîtrisée », de celle d’aujourd’hui, devenue selon lui une immigration « de peuplement, et souvent très pauvre » c’est-à-dire une immigration que l’on subit faute de la choisir, et que l’on n’intègre plus faute d’économie capable de l’employer.
Bruno Retailleau pointe la même mécanique, mais par son versant social : il rappelle que le taux d’activité des femmes d’origine immigrée n’est que de 55 %, contre 70 % en moyenne nationale, et que le premier obstacle à leur intégration reste la maîtrise de la langue française. Le propos n’est pas identitaire il est social et économique : sans langue, sans travail, sans emploi disponible, il n’y a pas d’intégration possible, et l’immigration non maîtrisée devient mécaniquement une charge plutôt qu’un apport.
C’est là que le calcul de « l’immigration solution » s’effondre. Au lieu d’alimenter les comptes sociaux par ses cotisations, une immigration mal pensée risque au contraire de creuser leur déficit en sollicitant les prestations sociales davantage qu’elle n’y contribue. On aggrave ainsi le dérapage des comptes sociaux qui sont précisément au cœur de ce modèle déjà en panne, et qui s’effondre aujourd’hui sous nos yeux. L’immigration de compensation ne résout pas la dénatalité : elle déplace le problème, en fragilisant un peu plus le système social qu’elle prétendait sauver. C’est une double faute : démographique et économique.
La réponse de bon sens n’est ni le rejet, ni l’angélisme. C’est une immigration choisie, qualifiée, intégrée par le travail et la langue, celle que pratiquent le Canada, l’Australie ou le Danemark. Tout le reste n’est qu’aveuglement.
VI — Les vraies causes, que j’ai déjà documentées sur ce blog
J’ai consacré sur ce blog une analyse approfondie aux véritables racines de la dénatalité. Je les rappelle, parce qu’elles éclairent l’aveuglement ambiant.
Les Français font moins d’enfants non par manque d’allocations, mais parce que les conditions concrètes de la parentalité se sont dégradées. Les logements sont trop petits et trop chers : comment fonder une famille de trois enfants dans un deux-pièces hors de prix en zone tendue ? Les revenus sont trop faibles et trop taxés : personne n’a envie de fonder une famille en comptant sur des allocations plutôt que sur un travail qui paie. L’accès à la fertilité reste un parcours du combattant : il faut faciliter massivement la congélation d’ovocytes et d’embryons plutôt que de les rationner. L’écoanxiété distillée depuis vingt ans a convaincu une génération que mettre un enfant au monde serait presque une faute écologique. Et par-dessus tout règne une perte de confiance en l’avenir : on ne fait pas d’enfant dans un pays dont on ne croit plus qu’il a un destin.
Voilà le lien profond entre tous les fils de cet article. La doctrine économique de la gauche — taxation confiscatoire, défiance envers la réussite, appauvrissement érigé en vertu — est précisément ce qui détruit la confiance, comprime les revenus, étouffe l’accès au logement et tue l’envie de transmettre. On ne fait pas d’enfants dans un pays qu’on prépare au déclin.
VII — La seule vraie question : quelle France voulons-nous dans trente ans ?
C’est la question que je posais déjà dans mon article sur la dénatalité, et que je veux remettre au centre. Tout le débat actuel est mal posé. On discute des moyens — allocations, congés, fiscalité — sans jamais discuter de la fin. Or la vraie question, la seule qui vaille, est celle-ci : quelle France voulons-nous dans vingt ou trente ans ?
Voulons-nous une France qui mise sur des flux migratoires non maîtrisés pour combler son déficit de naissances — au risque de fragiliser davantage ses comptes sociaux et sans jamais en débattre démocratiquement avec les Français ? C’est le choix implicite, jamais assumé devant les électeurs, de ceux qui présentent l’immigration comme « solution » à la dénatalité. Mais une immigration de compensation non choisie ne résout pas le problème de fond — elle le contourne, en reportant sur le système social une charge qu’il ne peut plus assumer.
Ou bien voulons-nous une France qui choisit de se donner les moyens de son renouvellement : une France où l’on peut se loger pour fonder une famille, où le travail paie assez pour faire des enfants sans dépendre de l’État, où l’on a confiance en l’avenir parce qu’on a cessé de se raconter qu’on est condamnés et qui, lorsqu’elle accueille, le fait de manière choisie et réellement intégratrice ?
Ces deux visions appellent des modèles économiques et sociaux radicalement différents. Et c’est précisément pour cela qu’il faut d’abord répondre à la question de la France que nous voulons — pour ensuite adapter notre modèle en conséquence. On ne réforme pas un modèle social sans savoir quelle société on veut servir.
La gauche, elle, refuse cette question. Elle préfère le confort des incantations — « plus de redistribution », « taxons les riches », « justice mondiale » — qui flattent les bons sentiments sans jamais affronter le réel. Mais le réel ne disparaît pas parce qu’on l’ignore. Le réel, c’est qu’un pays qui s’appauvrit volontairement et qui ne fait plus d’enfants n’a tout simplement pas d’avenir — ni pour redistribuer, ni pour accueillir, ni même pour exister comme nation.
Mélenchon veut partager un gâteau qui rétrécit. Le PS veut le taxer plus vite qu’il ne se reconstitue. Piketty veut qu’on le rétrécisse encore plus vite, au nom de la morale. Et pendant ce temps, plus personne ne fait les enfants qui, demain, pétriraient la pâte.
L’inconscience économique de la gauche et la dénatalité ne sont pas deux sujets distincts. Ce sont les deux faces d’un même renoncement : celui d’un pays qui a cessé de croire en sa propre prospérité, et donc en son propre avenir.
Il est encore temps de choisir l’autre voie. Celle de la confiance, de la création, de la transmission. Celle d’une France qui produit avant de redistribuer, qui croit en elle avant de s’excuser d’exister, et qui fait des enfants parce qu’elle a de nouveau un avenir à leur offrir.
Un peuple qui ne croit plus en demain cesse de faire des enfants. Et un peuple qui ne fait plus d’enfants a déjà, quelque part, renoncé à demain.
Juin 2026
Articles connexes : Petit manuel à l’usage des Français qui se demandent pourquoi leur fin de mois est plus dure qu’avant · Dénatalité : la France face à son hiver démographique · La surenchère fiscale du PS



Commentaires