L'Europe qui nous trahit : Espagne, Allemagne, Mercosur : quand nos "partenaires" jouent contre la France
- Stephan P
- 20 avr.
- 10 min de lecture

Il y a des semaines où l'actualité européenne ressemble à un mauvais roman : trop de coïncidences, trop de trahisons simultanées pour que ce soit encore de la malchance. Cette semaine est de celles-là.
Pendant que Pedro Sánchez régularise par décret un demi-million de sans-papiers depuis Madrid, l'accord UE-Mercosur entre en application provisoire le 1er mai signé malgré l'opposition française, porté par Berlin et soutenu par Rome. Et pendant ce temps, la Commission européenne continue d'agiter le spectre de la suppression du droit de veto, pour que les États qui résistent ne puissent plus jamais dire non.
Ce n'est pas de l'Europe. C'est une Europe à sens unique. Et la France, affaiblie, endettée, ingouvernable, n'a plus les moyens de la faire plier. Il est temps de le dire clairement et d'en tirer des conséquences radicales.
L'Espagne de Sánchez : une décision solitaire aux conséquences collectives
Le gouvernement espagnol a officialisé mi-avril un programme de régularisation extraordinaire pouvant concerner jusqu'à 500 000 immigrés en situation irrégulière. Pedro Sánchez a salué cette mesure comme "un acte de justice et une nécessité", affirmant que ceux qui vivent et travaillent déjà en Espagne devraient "le faire dans des conditions égales".
Ce qui est frappant dans cette décision, c'est la méthode autant que le fond. Le gouvernement a fait passer cette mesure via un décret royal modifiant la loi sur l'immigration, contournant ainsi le Parlement où une précédente tentative d'amnistie avait échoué faute de majorité. En d'autres termes : Sánchez a fait ce que Macron a fait avec ses 49-3. Il a gouverné par-dessus les têtes des représentants du peuple. Wokisme, passage en force, agenda idéologique : voilà le triptyque du socialisme européen en 2026.
Éric Ciotti a immédiatement appelé Emmanuel Macron à "rétablir les frontières avec l'Espagne", qualifiant la décision de Madrid de "trahison européenne" et d'"une décision solitaire qui impactera toute l'Europe". Il a raison sur le diagnostic. Une décision nationale en matière d'immigration dans un espace Schengen sans frontières intérieures n'est jamais seulement nationale. Elle est par définition européenne dans ses conséquences.
Car voici la réalité concrète que nos médias mainstream peinent à formuler clairement. Un titre de séjour espagnol permet à son titulaire de circuler librement dans l'espace Schengen pour des séjours de courte durée jusqu'à 90 jours sur 180. Il ne donne pas automatiquement le droit de résider en France ou d'y travailler, mais il ouvre la porte à la circulation. Et dans les faits, cette porte-là, une fois ouverte, ne se referme plus facilement. Les réseaux migratoires le savent. Les passeurs le savent. Les candidats à l'exil économique le savent. C'est précisément pourquoi 71 % des Français se déclarent favorables au rétablissement des contrôles aux frontières, selon un sondage CSA pour CNews, Europe 1 et le JDD publié en pleine semaine de la polémique espagnole.
Ce chiffre devrait faire réfléchir ceux qui, à Matignon et à l'Élysée, n'ont pas encore osé répondre à Madrid. Il dit que les Français ont compris ce que leurs gouvernants font semblant d'ignorer : Schengen sans contrôle est une passoire, et chaque régularisation massive dans un pays membre devient une invitation implicite pour tout l'espace européen.
Le Mercosur : quand l'Allemagne fait passer ses camions avant nos vaches
La trahison espagnole sur l'immigration intervient dans un contexte économique qui illustre, lui aussi, les limites insupportables de l'intégration européenne telle qu'elle est pratiquée. Le 1er mai, l'accord de libre-échange UE-Mercosur entre en application provisoire. Malgré l'opposition affichée d'Emmanuel Macron et des manifestations d'agriculteurs, l'Union européenne a donné son feu vert : le projet d'accord commercial a reçu le soutien de la majorité des États membres.
Qui a poussé à la signature ? Allemands, Espagnols et Scandinaves ont misé sur cet accord pour relancer une économie européenne à la peine face à la concurrence chinoise et aux taxes douanières américaines. Autrement dit : Berlin voulait exporter ses voitures et ses machines vers le Brésil et l'Argentine. Pour y parvenir, il a accepté et imposé à ses partenaires que la viande bovine, le soja et le sucre sud-américains, produits dans des conditions sanitaires et environnementales que nous interdisons à nos propres agriculteurs, inondent le marché européen.
La France, la Pologne, l'Autriche, la Hongrie et l'Irlande ont finalement voté contre la signature. C'est l'Italie, en retournant sa veste, qui a permis d'atteindre la majorité qualifiée. La France a donc perdu. Seule. Ou presque. Et ses agriculteurs paieront la note d'une concurrence qu'on leur a imposée sans leur demander leur avis — ni celui de leurs représentants, puisque l'Assemblée nationale avait adopté une résolution unanime contre cet accord le 27 novembre 2025. Unanime. De LFI au RN en passant par LR et les macronistes. La représentation nationale française disait non. Bruxelles a dit oui.
Voilà ce qu'est devenue l'Europe du marché unique : un instrument au service des intérêts industriels allemands, financé par les sacrifices agricoles français. Le marché commun a été créé pour faire prospérer ensemble des économies complémentaires. Il est devenu la courroie de transmission des ambitions exportatrices d'un seul pays, au détriment des autres.
La fin du droit de veto : désarmer la France
Dans ce contexte, la campagne menée à Bruxelles et à Berlin pour supprimer le droit de veto des États membres prend une signification particulièrement inquiétante. Car si l'on comprend l'argument de l'efficacité, il est vrai qu'un seul État peut paralyser vingt-sept, il faut dire clairement ce que signifie sa suppression pour la France d'aujourd'hui.
Une France à 112 % de PIB de dette publique. Une France dont le gouvernement survit grâce aux socialistes. Une France que la Commission européenne sermonne régulièrement pour ses déficits. Une France dont le poids politique s'est considérablement réduit depuis dix ans. Cette France-là, sans droit de veto, n'aura plus les moyens institutionnels de résister à rien. Ni aux accords de libre-échange qui sacrifient son agriculture. Ni aux directives qui réglementent son énergie, son industrie, ses normes sanitaires. Ni aux décisions migratoires qui résultent des choix unilatéraux de ses voisins.
Comme je l'écrivais dans "France, le réveil ou la chute" : le pouvoir s'est évaporé. On vote, et les décisions se prennent ailleurs. Supprimer le droit de veto, ce serait rendre cette évaporation définitive et constitutionnelle. Ce serait écrire dans le marbre que la France n'a plus droit à la parole quand sa majorité est en minorité en Europe.
Ce que la France doit faire maintenant
Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'il faut claquer la porte de l'Europe. L'Europe reste un espace de civilisation commune, un marché essentiel, un levier géopolitique réel face à la Chine et aux États-Unis. Mais je pense que la France doit, dès 2027, adopter une posture radicalement différente de rupture assumée, pas de confrontation stérile.
Premièrement, rétablir les contrôles aux frontières terrestres et aériennes avec l'Espagne, et plus largement avec tous les pays qui pratiquent des politiques migratoires incompatibles avec la nôtre. L'article 25 du code Schengen le permet : un État membre peut rétablir temporairement les contrôles frontaliers pour des raisons d'ordre public ou de sécurité. David Lisnard, parmi d'autres, le réclame depuis des années. Il propose notamment l'organisation d'un référendum sur l'immigration pour s'affranchir des contraintes imposées par certaines jurisprudences européennes une idée qui mériterait d'être étendue à l'ensemble de nos relations avec Bruxelles.
Deuxièmement, cesser de transposer les directives européennes qui excèdent le mandat de l'Union. Bruxelles légifère désormais sur la réglementation des chaudières, la composition des menus scolaires, les normes de performance des voitures. Rien de tout cela ne relève du marché commun. La France doit se donner une doctrine claire : on transpose ce qui concerne l'Europe, on résiste à ce qui relève de notre souveraineté nationale.
Troisièmement, opposer un veto systématique à tout accord de libre-échange sans réciprocité réelle des normes sanitaires, sociales et environnementales. Le Mercosur est entré en vigueur malgré nous, mais d'autres accords sont en cours de négociation. La France doit poser ses conditions une bonne fois pour toutes : on n'accepte pas que nos agriculteurs ou nos industriels soient mis en concurrence avec des productions qui violent les standards que nous nous imposons.
Quatrièmement, pratiquer la politique de la chaise vide sur tous les dossiers où les traités européens sont utilisés comme instruments de domination plutôt que de coopération. Tant que le Mercosur sera en application provisoire contre la volonté française, tant que la suppression du droit de veto sera à l'agenda, la France ne siège pas, ne valide pas, ne coopère pas. Ce n'est pas de l'obstruction, c'est de la négociation.
Cinquièmement, et c'est peut-être le plus important : proposer aux Français un référendum sur l'Europe qu'ils veulent. Pas un référendum pour ou contre l'Europe, cette époque est révolue. Mais un référendum articulé autour de questions précises, sur lesquelles les Français n'ont jamais été consultés, et qui engagent pourtant leur quotidien, leur souveraineté et leur avenir. Ce référendum devrait comporter cinq questions distinctes, soumises séparément au vote populaire.
La première : le retrait définitif de la France de l'espace Schengen : oui ou non ? La libre circulation sans contrôle aux frontières était une promesse de prospérité et de fraternité européenne. Elle est devenue, comme les faits de cette semaine le démontrent une fois de plus, une passoire migratoire que chaque État membre exploite selon ses intérêts propres et dont la France paie collectivement les conséquences.
La deuxième : la révision des traités européens pour supprimer la Commission européenne dans ses attributions actuelles pour un secrétariat général renvoyant ainsi le travail vers le Conseil de l'Union (conseil de sministres) et le Conseil européen, les compétences exclusives de l'UE, la Cour de justice de l'Union européenne, ainsi que les compétences en matière de relations internationales et de coopération : oui ou non ? Cette révision rétablirait le principe strict de subsidiarité et définirait l'Union européenne pour ce qu'elle devrait n'avoir jamais cessé d'être : une alliance de nations souveraines, et non un système dont la finalité déclarée est sa transformation en confédération ou en fédération que personne n'a jamais votée.
La troisième : le retrait de la France de l'euro et la création d'une monnaie nationale, le Franc Livre, arrimé à un Système monétaire européen rénové, redonnant à la France les leviers de sa politique économique et monétaire, oui ou non ? Comme je l'ai développé dans un précédent article de ce blog, la monnaie unique a été construite sur un présupposé faux : que des économies aussi différentes que l'Allemagne, la France, l'Italie ou l'Espagne pourraient partager durablement le même outil monétaire sans que les plus forts n'en tirent avantage au détriment des autres. Vingt-cinq ans de divergences économiques croissantes ont prouvé l'erreur.
Car l'euro, dans sa conception même, n'a jamais vraiment été pensé comme un instrument au service des économies nationales. Il a été pensé comme un symbole politique, celui d'une Europe qui s'unit et comme un outil de confort pour les voyageurs et les opérateurs financiers qui n'avaient plus à gérer les changes entre places européennes. Ce sont les banquiers et les multinationales qui ont le plus profité de la monnaie unique. Pas les PME françaises. Pas les agriculteurs. Pas les salariés dont le pouvoir d'achat a été rogné sans que la France puisse jamais jouer sur le taux de change pour corriger ses déséquilibres de compétitivité.
Une monnaie, c'est bien autre chose qu'un facilitateur de voyage ou un instrument de clearing interbancaire. C'est le levier principal par lequel un État régule son économie, soutient son industrie en période de crise, ajuste sa compétitivité externe et finance souverainement ses investissements stratégiques. La France en a été privée au moment précis où elle en aurait eu le plus besoin, pendant les crises de 2008, de 2020, et aujourd'hui face à une dette qui explose dans un carcan monétaire qui ne lui appartient plus.
La démonstration a d'ailleurs été faite, brillamment et sans ambiguïté, par le Royaume-Uni. Londres n'a jamais intégré la zone euro. La livre sterling est restée la monnaie britannique, souveraine, ajustable, au service d'une économie que les eurosceptiques promettaient à l'effondrement en cas de non-adhésion à l'euro. Cette économie-là est aujourd'hui la cinquième mondiale, son secteur financier demeure la première place européenne, et la Banque d'Angleterre a pu conduire une politique monétaire indépendante tout au long des crises que la BCE gérait avec les contraintes des vingt économies les plus disparates du continent. On n'est pas obligé d'adopter l'euro pour exister, peser et prospérer en Europe. Le Royaume-Uni l'a prouvé. La Suisse aussi. Et la Suède, qui a choisi par référendum de conserver sa couronne, également.
La quatrième : le retrait de la France du Conseil de l'Europe et de la Convention européenne des droits de l'homme : oui ou non ? La CEDH, interprétée par une Cour de Strasbourg dont la jurisprudence est devenue un obstacle systématique à toute politique migratoire sérieuse et à l'expression de la souveraineté nationale dans des domaines régaliens essentiels, n'est plus compatible avec la capacité d'un État démocratique à gouverner selon la volonté de son peuple.
La cinquième : une révision constitutionnelle établissant la primauté absolue du droit français sur tout droit supranational : oui ou non ? Cette question est le socle de toutes les autres. Tant que la Constitution française ne proclame pas explicitement que le peuple français est le seul souverain, et que ses lois priment sur toute norme extérieure non explicitement acceptée par référendum, la France restera prisonnière d'un enchevêtrement juridique dans lequel elle perd chaque jour un peu plus de sa liberté d'action.
En 2005, les Français ont dit non au traité constitutionnel européen. On a ignoré leur réponse en le faisant passer par la fenêtre parlementaire trois ans plus tard. Vingt ans après ce déni démocratique majeur, il est temps de leur reposer ces questions vraiment, cette fois, avec des conséquences réelles et assumées.
Une Europe à refonder, pas à subir
Je crois à l'Europe. Mais pas à celle-là. Pas à une Europe où Sánchez régularise 500 000 personnes par décret un mardi, et où la France découvre le lendemain que c'est son problème aussi. Pas à une Europe où Berlin impose ses accords commerciaux à des partenaires dont les économies n'ont pas les mêmes structures ni les mêmes intérêts. Pas à une Europe où la Commission gouverne par directives ce que les peuples n'ont jamais voté.
Ce que j'appelle de mes vœux, c'est une Europe des nations souveraines et coopérantes, une Europe qui respecte que la France, la Pologne, la Hongrie et l'Italie ne sont pas des provinces, mais des États avec leur histoire, leur peuple, leur destin propre. Une Europe qui sait qu'on ne construit pas une union durable sur la contrainte et le contournement démocratique.
2027 doit être l'année où la France reprend l'initiative européenne. Pas pour détruire, mais pour refonder. Avant qu'il ne soit trop tard et que d'autres, moins attachés que nous à l'idée européenne, ne le fassent à notre place et sans nous.
Cet article fait écho à mes chroniques précédentes sur l'immobilisme du gouvernement Lecornu et sur les limites de la Ve République. La question européenne et la question institutionnelle sont les deux faces d'un même problème : une France qui a perdu la capacité de décider pour elle-même. Les retrouver est la condition de tout le reste.



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