L’Alsace ouvre la voie. Et si la France redécouvrait ses provinces ?
- Stephan P
- 13 avr.
- 4 min de lecture
Le 8 avril 2026, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi visant à sortir l’Alsace de la région Grand Est, par 131 voix pour et 100 contre.  Un vote historique, certes imparfait dans ses contours législatifs, mais porteur d’un signal que la France jacobine ne peut plus ignorer : les Français veulent choisir leur cadre de vie, leur identité territoriale, leur façon de s’organiser. Ce vote est bien plus qu’une victoire alsacienne. C’est une brèche dans le mur de l’uniformité républicaine. Et il faut l’élargir.
Le Grand Est : un crime géographique signé Hollande
Rappelons les faits. Depuis le 1er janvier 2016, le Grand Est existe : fusion de l’Alsace, de la Lorraine et de la Champagne-Ardenne, imposée par la réforme territoriale de François Hollande.  Une région dessinée sur un coin de table, sans consulter les habitants, sans respecter les identités, sans égard pour les histoires, les langues, les cultures propres à chacun de ces territoires. Le sentiment d’une identité régionale niée par ce découpage administratif n’a cessé d’alimenter un débat que ni le temps ni les institutions n’ont réussi à clore. 
L’Alsace, fidèle à elle-même, a résisté. Et aujourd’hui, elle franchit une étape décisive, avec l’ambition de se voir dotée d’une collectivité à statut particulier cumulant les compétences d’une région et d’un département ; un seul échelon pour se gouverner, sans passer par Metz ou Nancy.  C’est du bon sens. C’est de la subsidiarité. C’est ce que nous, libéraux-conservateurs attachés aux libertés locales, défendons depuis des décennies.
Un texte transpartisan qui dit quelque chose de profond
La proposition de loi portée par la députée Brigitte Klinkert a réuni plus d’une centaine de signataires issus de groupes politiques divers , du Rassemblement national au Parti socialiste en passant par les macronistes et la droite républicaine. Cette convergence inhabituelle n’est pas un accident. Elle révèle une aspiration profonde qui traverse tous les clivages : les Français veulent des institutions qui leur ressemblent, des élus qui rendent des comptes à leurs territoires, et non à des bureaucraties régionales artificielles.
Certes, le texte doit encore poursuivre son chemin législatif au Sénat, et son avenir demeure incertain . Mais l’essentiel est dit : le Parlement a reconnu qu’une erreur avait été commise en 2015, et qu’il est possible de la corriger.
Ce que ce vote devrait inspirer : une vraie décentralisation, libre et choisie
À mon sens, il ne faut pas s’arrêter là. L’Alsace ne doit pas rester une exception : elle doit être un modèle. Ce que je propose, c’est une refondation territoriale en trois temps.
Premier temps : une année de liberté pour redessiner la carte.
Le projet de loi de décentralisation voulu par le Premier ministre Lecornu, attendu au Sénat après les élections municipales , doit inclure une disposition permettant à chaque territoire, pendant une période d’un an, de se redessiner librement, sans interférence de Paris, sans carte imposée d’en haut. À l’instar de ce qu’a obtenu l’Alsace, d’autres terres de France ont une âme propre qui mérite d’être institutionnalisée : la Savoie, le Pays Basque, la Bretagne, la Normandie, la Provence… Ces noms résonnent dans l’histoire, dans les cœurs et dans les identités. Ils n’ont aucune raison de disparaître derrière des acronymes administratifs sans âme.
Deuxième temps : la fusion département-région au sein de provinces souveraines.
Chaque entité territoriale ainsi redessinée devrait fusionner les compétences départementales et régionales en un seul échelon ; la province, à l’image de ce que l’Alsace s’apprête à réaliser. Ce ne sont pas les compétences qui doivent être décentralisées, mais les responsabilités avec des moyens budgétaires, fiscaux et normatifs réels.  Aujourd’hui, la décentralisation repose sur un triptyque indissociable : compétences, moyens et autonomie fiscale.  Sans ce triptyque, on ne fait que déléguer l’exécution d’une politique parisienne. Ce n’est pas de la décentralisation, c’est de la déconcentration déguisée.
Troisième temps : laisser chaque province choisir son niveau d’autonomie.
Là est le cœur de ma proposition. Une province bretonne n’a pas les mêmes attentes qu’une province alsacienne ou qu’un territoire ultramarin. Certains souhaitent une large autonomie législative et fiscale ; d’autres préfèrent rester dans un cadre national plus étroit. Cette diversité des aspirations est une richesse, non un problème à résoudre par une loi uniforme. Que ce soit en métropole ou en outre-mer, chaque province devrait pouvoir soumettre à ses habitants, par référendum, le niveau d’autonomie qu’elle souhaite exercer dans le respect du cadre constitutionnel, que l’on pourrait précisément faire évoluer pour accueillir cette diversité.
Décentraliser sans une loi qui corrige l’autre loi
Il y a quelque chose de symboliquement problématique dans le fait qu’il faille voter une loi pour corriger une loi, attendre des années pour réparer une erreur administrative imposée à des millions de Français. La vraie décentralisation ne devrait pas dépendre de la bienveillance parlementaire du moment. Elle devrait être constitutionnellement garantie, avec un droit à l’autodétermination institutionnelle pour chaque territoire qui en ferait la demande et obtiendrait l’assentiment de ses habitants.
David Lisnard et André Laignel ont appelé à un moratoire sur toutes les contraintes nouvelles non financées s’appliquant aux collectivités et à la suppression des normes les plus pénalisantes.  C’est une bonne première étape. Mais il faut aller plus loin : donner aux territoires un vrai pouvoir réglementaire local, une autonomie fiscale réelle, et la capacité de s’organiser sans attendre le bon vouloir du législateur national.
L’Alsace a montré la voie. La France doit l’emprunter.
Ce 8 avril 2026 restera peut-être comme le jour où la France a commencé, timidement, à se réconcilier avec sa propre diversité. À reconnaître que l’uniformité n’est pas l’égalité, que la centralisation n’est pas l’unité, et que la liberté des peuples à s’organiser eux-mêmes est une valeur républicaine autant que monarchique — une valeur, tout simplement, de bon gouvernement.
La Savoie, le Pays Basque, la Provence, la Guyane, la Martinique : autant de provinces qui méritent de choisir leur avenir. La France, une et diverse, n’en sera que plus forte.



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