France–Algérie : sortir de la repentance perpétuelle et rétablir un rapport de force digne d’une nation souveraine
- Stephan P
- 29 déc. 2025
- 3 min de lecture

Le vote du Parlement algérien qualifiant la colonisation française de « crime d’État » a été présenté comme un geste mémoriel. En réalité, il s’agit d’un acte politique parfaitement assumé, pensé pour peser sur la relation bilatérale et maintenir la France dans une position défensive. L’Algérie ne fait pas mystère de sa stratégie : elle utilise la mémoire comme un levier diplomatique, un outil de pression, un moyen de rappeler à Paris que la relation ne sera jamais débarrassée du passé tant que la France n’aura pas adopté la posture qu’Alger attend d’elle.
Le problème n’est pas que l’Algérie joue ses cartes. Le problème est que la France ne joue plus les siennes. Depuis deux décennies, Paris navigue à vue, oscillant entre gestes symboliques, reconnaissances partielles, refus d’excuses officielles, tentatives de réconciliation, puis nouvelles tensions. Cette instabilité donne l’image d’un pays qui s’excuse sans fin, sans jamais affirmer clairement ce qu’il pense de son histoire ni ce qu’il attend de ses partenaires. Une nation qui ne porte plus son propre récit devient fatalement le réceptacle de celui des autres.
Il est temps que la France sorte de cette posture défensive! Assumer son histoire n’implique ni de la glorifier ni de la nier. Cela signifie simplement refuser que la mémoire devienne une monnaie d’échange diplomatique. La colonisation fut un fait historique complexe, avec ses zones d’ombre et ses zones de lumière. La France peut reconnaître des souffrances sans accepter la notion rétroactive de « crime d’État », qui relève davantage de la bataille politique que de l’analyse historique.
Une nation souveraine ne négocie pas son passé. Elle l’assume, elle le connaît, elle le transmet — mais elle ne s’y soumet pas!
Pour sortir de ce cycle de tensions mémorielles, la France doit se doter d’une doctrine claire. Elle doit affirmer que la relation franco-algérienne ne peut plus être enfermée dans un tête-à-tête émotionnel où chaque geste est interprété comme une repentance ou une provocation. Elle doit recentrer le dialogue sur les intérêts réels : l’énergie, la sécurité, la diaspora, l’économie.
Et surtout, elle doit cesser de donner l’impression qu’elle subit...
Cela suppose une fermeté diplomatique assumée. Non pas une rupture définitive, mais un marqueur fort poru reconstruire sur de nouvelles bases. Si Alger poursuit l’escalade mémorielle, Paris doit pouvoir mettre un terme définitif au traité de 1968, suspendre les relations diplomatiques, suspendre la délivrance de visas, geler les aides économiques et culturelles. Si la tension persiste, il faut être capable de stopper tous les transferts financiers et de conditionner certaines coopérations à un apaisement du discours officiel, de suspendre temporairement des programmes bilatéraux non essentiels. Et si le dialogue reprend, la France doit être en mesure de normaliser progressivement la relation, en la recentrant sur des bases d’égalité réelle et non sur des injonctions mémorielles.
Cette stratégie n’a rien de provocateur. Elle est simplement souveraine. Elle dit que la France n’est pas un acteur passif ni un paillasson, qu’elle n’accepte pas d’être enfermée dans un récit qui n’est pas le sien, qu’elle refuse de se laisser dicter sa posture diplomatique par des votes symboliques ou des discours unilatéraux. Elle dit que la dignité nationale n’est pas un luxe, mais la condition même d’une politique étrangère crédible.
Le vote algérien révèle moins la force d’Alger que la faiblesse du récit français.
Pour être respectée, la France doit redevenir un sujet, pas un objet. Elle doit assumer son histoire, affirmer son identité, défendre sa souveraineté, refuser la repentance perpétuelle et parler d’égal à égal. C’est à ce prix seulement qu’elle pourra sortir du cycle des tensions mémorielles et retrouver une place digne dans le concert des nations.



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