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4 milliards, zéro neutralité : le service public audiovisuel doit rendre des comptes ou disparaître




Ce lundi 27 avril, à 14h30, les membres de la commission d'enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public se réunissent à huis clos pour voter. Voter sur quoi ? Sur la publication ou l'enterrement pur et simple du rapport de leur rapporteur, le député Charles Alloncle. Un rapport qui, s'il est supprimé, ne pourra légalement être cité nulle part, reproduit par personne, consulté par aucun citoyen. Le travail de quatre mois d'auditions, des dizaines de témoignages, des milliers de documents : à la poubelle.

Si cela se produit, ce sera un scandale démocratique de premier ordre. Et je veux ici dire pourquoi, et ce qu'il faudra faire ensuite.


Quand le service public avoue ses biais

Commençons par les faits, parce que dans ce dossier, ils parlent d'eux-mêmes.

Adèle Van Reeth, directrice de France Inter, avait déclaré au Figaro : « Les faits, c'est que nous sommes une radio progressiste et que nous l'assumons. » Le contribuable français, lui, n'a pas demandé à payer pour une radio progressiste. Il a demandé un service public. Pluraliste. Pour tous. Ce que cette déclaration révèle, ce n'est pas seulement un biais éditorial : c'est une conception de la mission de service public qui a été détournée au profit d'une ligne idéologique que la moitié des Français rejette et qu'ils financent néanmoins de force.

Les Français paient 4 milliards d'euros par an à l'audiovisuel public. Quatre milliards. Pour quoi ? Pour une information qui tourne à sens unique, des débats où les mêmes visages s'invitent sans jamais être contredits par des voix réellement diverses, une programmation culturelle qui confond diversité et idéologie, et un entre-soi parisien de gauche caviar qui se contemple lui-même en prime time.

L'affaire Cohen-Legrand : le déclencheur qu'on voulait étouffer.


Tout est parti d'une vidéo. Une vidéo volée montrant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen en pleine conversation privée avec des responsables du Parti socialiste, où ils semblaient cibler des personnalités politiques de droite. Ce n'est pas une révélation fracassante pour qui regardait ces journalistes depuis des années. C'est plutôt la confirmation de ce que des millions de téléspectateurs ressentaient sans pouvoir le prouver : ces journalistes du service public ne sont pas des observateurs neutres. Ce sont des acteurs politiques qui se croient au-dessus du contrôle démocratique.

La commission d'enquête créée dans la foulée par l'UDR d'Éric Ciotti a donc commencé ses travaux en novembre 2025. Elle est composée de trente députés issus de tous les groupes politiques, présidée par Jérémie Patrier-Leitus (Horizons) et conduite par le rapporteur Charles Alloncle (UDR). Depuis le premier jour, les pressions pour la torpiller ont été constantes.


Les puissants contre la démocratie

Ce que j'ai suivi au fil des auditions est édifiant. Quand les représentants du peuple convoquent de grands bénéficiaires de l'argent public pour leur demander des comptes, voilà ce qu'ils reçoivent en retour.

Xavier Niel et Matthieu Pigasse, convoqués comme co-fondateurs de Mediawan, principal prestataire de France Télévisions pour des émissions comme "C à vous" ou "C dans l'air", ont dressé un sévère réquisitoire de la commission, qualifiée de "cirque". Deux milliardaires, convoqués par des élus pour rendre compte de l'usage de l'argent public, qui choisissent l'attaque frontale plutôt que la transparence. Il faut avoir un sacré culot ou se sentir vraiment intouchable.

France Télévisions, qui perd 80 millions d'euros par an, verse quelque 110 millions d'euros par an à Mediawan pour des productions que le rapporteur juge surfacturées. Et quand on demande à voir les comptes, on se heurte au secret des affaires. L'argent public irrigue généreusement des intérêts privés, et quand des élus veulent y regarder de plus près, c'est eux qu'on accuse de faire le cirque. Cherchez l'erreur.

La député RN Anne Sicard a d'ailleurs posé la question qui fâche à Mathieu Pigasse : « Considérez-vous comme morale, honnête, éthique, que l'argent des Français que vous combattez finance votre bataille idéologique ? » La question est restée sans réponse satisfaisante. Elle mérite pourtant d'être posée haut et fort dans tout débat sur la réforme de l'audiovisuel public.

Et les pressions ne sont pas venues que des milliardaires. Le député MoDem Erwan Balanant avait lancé à Alloncle : « T'inquiète, on va te régler ! » Voilà comment certains représentants du peuple accueillent un confrère qui fait son travail de contrôle parlementaire. Et dans les rédactions amies, on organisait l'accueil : le rapporteur a été reçu sur RMC avec une musique de cirque en fond sonore. Le message est clair : si tu oses toucher à l'audiovisuel public, on te ridiculise avant même que tu aies parlé.

Début mars, une note confidentielle de syndicalistes de France Télévisions avait fuité sur les réseaux sociaux, laissant entendre que douze députés seraient favorables à l'enterrement du rapport avant même qu'il ne soit présenté. Douze députés travaillant à enterrer un rapport parlementaire dans l'intérêt de l'institution censée être contrôlée. Si cela ne s'appelle pas une capture du politique par le service public, je ne sais pas comment le nommer.

Ce que le rapport doit dire et ce que les réformes doivent être

Le rapport d'Alloncle doit être soumis au vote le 27 avril. En cas de vote négatif, l'ensemble des travaux, comptes rendus d'auditions et documents collectés ne pourront pas être rendus publics. Ce serait une faute grave pas seulement politique, mais démocratique. Les Français ont le droit de savoir comment sont dépensés leurs 4 milliards annuels. Ce rapport doit être publié, intégralement, sans censure. Et si une majorité choisit de l'enterrer le 27 avril, que chaque parlementaire qui aura voté pour l'étouffement l'assume publiquement, devant ses électeurs.


Mais au-delà de la publication du rapport, c'est une réforme radicale et structurelle du paysage audiovisuel public qui s'impose. Voici ce que je défends.

Premièrement, couper le cordon ombilical entre l'État et la gouvernance des médias publics. La nomination des dirigeants de l'audiovisuel public ne peut plus relever, même indirectement, du pouvoir exécutif. La rupture doit être nette et institutionnellement irréversible. Les administrateurs du conseil d'administration de l'audiovisuel public doivent être nommés par une commission paritaire réunissant les deux assemblées, Assemblée nationale et Sénat, garantissant ainsi une représentation pluraliste ancrée dans la légitimité parlementaire plutôt que dans les faveurs de l'exécutif. Le président de ce conseil d'administration serait ensuite élu en son sein, par ses pairs, sans que l'Élysée ni Matignon n'aient leur mot à dire. Quant au directeur général et aux directeurs des différentes antennes et rédactions, leur nomination ne pourrait intervenir qu'après audition publique devant ce même conseil et validation explicite des administrateurs. Plus aucune nomination discrète, plus aucun poste distribué en récompense d'une ligne éditoriale complaisante. L'ARCOM, censée réguler mais elle-même nommée par les pouvoirs publics, devrait dans ce schéma voir ses missions profondément révisées, voire concentrées sur le seul contrôle technique et déontologique afin de ne plus constituer un outil politique déguisé en gendarme indépendant.

Deuxièmement, en finir avec le modèle de la production externalisée opaque. Les contrats entre France Télévisions et des sociétés comme Mediawan doivent faire l'objet d'appels d'offres transparents, d'audits réguliers et de plafonds de concentration. Qu'un seul groupe privé capte autant de commandes publiques sans mise en concurrence sérieuse est un dysfonctionnement structurel que toute majorité sérieuse devrait corriger dès la prochaine législature.

Troisièmement, fusionner et spécialiser. Pourquoi maintenir France 2, France 3, France 4, France 5, Franceinfo et France 24 en parallèle, avec des doublons éditoriaux permanents et des coûts de structure extravagants ? Un service public audiovisuel réduit à l'essentiel, articulé autour de chaînes thématiques fortes : histoire, arts et culture, musique, documentaires, information, jeunesse serait à la fois moins coûteux, plus lisible et plus utile. Même logique pour Radio France : France Inter, France Culture, France Musique et FIP ont leur raison d'être. Le reste peut être réorganisé ou libéralisé. Ce n'est pas un appauvrissement de l'offre publique, c'est sa refondation sur ce qu'elle sait faire mieux que le marché.

Quatrièmement, revoir le financement du CNC et de l'AFP. Le Centre national du cinéma perçoit des taxes affectées qui lui donnent une autonomie budgétaire opaque et des ressources que personne ne contrôle vraiment, alimentant un entre-soi de la production culturelle parisienne aussi coûteux qu'uniforme idéologiquement. L'AFP, agence d'État financée par l'État, distribue l'information à des milliers de médias en France et dans le monde avec une ligne éditoriale qui n'est pas exempte de biais. Dans les deux cas, la dépendance à la puissance publique doit être examinée, discutée et, si nécessaire, restructurée. Non pour affaiblir l'information ou la culture mais pour les libérer de la tutelle partisane qui les compromet.

Le message aux partisans de la suppression pure et simple


Je lis parfois, à droite et à l'extrême droite, des appels à la suppression pure et simple de l'audiovisuel public. Je comprends la tentation et après ce que les auditions ont révélé, elle est plus forte que jamais. Mais je ne la partage pas, et pour des raisons qui ne sont pas idéologiques.

Un service public audiovisuel bien fait est utile. Il produit des documentaires historiques que le marché ne produira jamais. Il diffuse de la musique classique, des émissions pour enfants sans publicité, une information internationale que les chaînes privées commerciales ne financeront pas. Il peut et doit être le gardien d'une mémoire et d'une culture communes que l'algorithme et la logique de l'audience ne sauvegarderont pas. Le problème n'est pas le service public en soi, c'est ce qu'il est devenu : une forteresse idéologique, un distributeur de rentes et un instrument politique au service d'une fraction du pays contre l'autre.

La bonne réponse n'est donc pas la destruction. C'est la refondation radicale, courageuse, libératrice.

Mais si cette réforme n'a pas lieu, si le rapport Alloncle est enterré le 27 avril, si les corporatismes l'emportent encore une fois sur l'intérêt général et la transparence démocratique, alors la suppression pure et simple deviendra inévitable. Pas par idéologie, mais par épuisement démocratique. Les Français qui paient ne se contenteront plus éternellement d'un service public qui les méprise, les ignore et finance ses propres adversaires politiques avec leur argent.


La balle est dans le camp des 31 députés réunis ce lundi 27 avril. Ils ont rendez-vous avec leur propre crédibilité. Et les Français regarderont.


Dans mon article "France, le réveil ou la chute", j'évoquais la nécessité d'un État qui reprenne le contrôle de ses propres institutions. L'audiovisuel public en est un cas d'école : quand la dépense publique finance l'adversaire politique de ceux qui la financent, quelque chose s'est profondément déréglé. Le réparer n'est pas une question de droite ou de gauche. C'est une question de démocratie.


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